Mais où est donc le bien commun ?

Mensonges médiatiques en direct et oubli de l’essentiel : c’est ainsi que l’on pourrait résumer la soirée électorale du premier tour des législatives. Mensonge énorme, éhonté : c’est celui qui n’a cessé d’annoncer une « large victoire » de la gauche et plus particulièrement du PS.

Vu les découpages, les duels et triangulaires à venir et le cordon sanitaire qui en interdisant l’alliance avec le Front national annonce la défaite-suicide de la droite, il est en effet plus que probable que François Hollande obtienne la majorité à l’Assemblée nationale ; il est même possible que le PS obtienne la majorité absolue pour instaurer un véritable Etat-PS.

Mais pour ce qui est des rapports de force, le PS avec ses soutiens communistes et extrémistes de gauche n’atteint pas le score combiné de l’UMP et de ses alliés et du FN (voir les chiffres en page 2). Les chaînes de télévision dans leur ensemble ont ouvert leurs journaux sur les projections de répartitions de sièges à l’Assemblée, avec une majorité confortable au PS et ses alliés. Les résultats nationaux, formation par formation, il fallait les chercher à la loupe.

Malgré la dynamique de la présidentielle, malgré la lassitude d’électeurs qui ont massivement estimé qu’il ne servait à rien d’aller voter, on ne peut pas dire que la France ait basculé à gauche ni que François Hollande ait reçu un blanc-seing pour sa politique.

Que le Front national, avec 13,7 % des voix, puisse n’avoir aucun élu – les médias lui en promettent au maximum trois – alors que le Front de gauche de Mélenchon pourrait en obtenir entre 13 et 18 avec deux fois moins de voix, cela ne sembler émouvoir personne.

Quant au taux d’abstention, à 42,77 %, il apporte à lui seul la preuve que la « démocratie est gravement malade » comme il faut le dire si l’on croit en ce mode de gouvernement comme en une religion. On n’y croit pas, on n’y croit plus ; plus de quatre électeurs sur dix restent indifférents devant les décisions qui seront prises demain par l’Assemblée nationale. A leur décharge, le mode de scrutin n’y est pas pour rien. Comment se sentir représenté dans un système conçu pour éliminer les petits et les gêneurs ?

Le drame de l’affaire, c’est que, la prime aux gros partis couplée au refus de s’allier avec le Front national, le plus important a été perdu de vue. Les points non négociables – respect de la vie, de la famille et des droits de celle-ci sur l’éducation – ne parviennent souvent pas à faciliter les accords ni à provoquer une tactique commune, alors que justement ce sont des préalables à une société, à un gouvernement et à une politique justes sur lesquels l’entente pourrait se faire, laissant libre l’appréciation et les propositions pour les autres sujets.

Que Christian Vanneste ait été battu, c’est de ce point de vue dramatique. Que Jacques Bompard soit en deuxième position dans sa circonscription avec quelque 22 %, c’est dommage. Que Dominique Souchet ait été éliminé en Vendée, c’est encore le jeu de cette politique de l’intérêt partisan placé plus haut que le bien commun.

Il n’y a plus, maintenant, qu’à tenter de minimiser les dégâts.

JEANNE SMITS

Article extrait du n° 7619
du Mardi 12 juin 2012

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