Les cardinaux français parlent

(Présent) Les évêques de France sont en visite ad limina à Rome, à commencer par ceux du Grand-Ouest. Et il semble qu’ils soient désormais en ordre de bataille pour contrer les projets insensés du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, à la suite de François Hollande, pour instaurer une révolution totale dans la société française, la légalisation du « mariage » homosexuel.

Le cardinal Ricard, évêque de Bordeaux, qui célébrait jeudi matin la messe sur le tombeau de saint Pierre, a parlé de « martyre ». Tout naturel, direz-vous, puisque la pourpre qu’il revêt a justement la couleur du sang du témoignage. Mais dans le contexte actuel, ses paroles résonnent de manière particulière. Un journaliste de Radio Notre-Dame les a « tweetées » : « Vous êtes appelés au martyre par le sang, le martyre médiatique ou de l’opinion publique. »

Le cardinal ajoutait : « La nouvelle évangélisation n’est pas qu’une joyeuse campagne de communication : nous sommes aussi envoyés pour affronter les forces du mal. »

C’est donc une guerre. Une guerre d’un type particulier puisqu’il ne s’agit pas de détruire nos ennemis, hommes comme nous sur cette terre, mais de les aimer et de les amener au bien, en nous opposant frontalement, là oui, au mal qu’ils veulent promouvoir.

Le cardinal Vingt-Trois était mercredi matin l’invité d’Europe 1. Dans un entretien avec Jean-Pierre Elkabbach, il a parlé à sa manière : circonspecte, prudente, précise, mais en l’occurrence sans ambiguïté aucune contre la légalisation du « mariage » des homosexuels qu’il a dénoncé comme une « transformation » du mariage aux conséquences graves pour tous.

Il entend tout faire, a-t-il dit, pour « empêcher la loi ».

Relatant son entretien « pas très long » avec Christiane Taubira la veille sur ce sujet brûlant, il a dit ne pas savoir s’il l’avait convaincue, mais qu’il lui avait en tout cas dit qu’il ne lui « semblait pas qu’il y avait une urgence telle qu’on oublie d’autres difficultés que traverse la France (…) plutôt que de faire un “mariage pour tous” qui ne sera pas pour tous, d’ailleurs, et s’empresser de dire que c’est un dossier prioritaire ».

« C’est un projet qui divise », a-t-il rappelé, notant que les sondages disant les Français favorables au « mariage » des homosexuels ne reflètent que « les réponses qu’on donne aux questions qu’on pose – mais un sondage ne fait pas la réalité ». « Ça ne veut pas dire que chacun est prêt à accepter que sa propre expérience conjugale et familiale soit transformée en profondeur alors qu’il n’a jamais pensé que ce serait ça. » Répondant à l’interpellation d’Elkabbach, il a déclaré : « C’est grave. » Et pas seulement du point de vue de l’Eglise.

« C’est grave pour tout le monde. Imaginez qu’il s’agit simplement d’ouvrir le mariage à des personnes de même sexe ; c’est une erreur profonde, car en ouvrant le mariage aux personnes de même sexe, on transforme le mariage. Ce n’est pas une réalité fixe qui va demeurer telle quelle, et à laquelle on donnerait accès. »

Il a clairement affirmé : « Je condamne l’adoption par des personnes de même sexe », rappelant que l’adoption est pour le bien des enfants et non pour le bien de ceux qui adoptent. Et il a désigné comme « danger le plus immédiat » la « déstabilisation de la structure de la vie sociale parce que cela transforme la famille dans sa construction originelle ».

Il a demandé aux catholiques de France « de prendre les moyens dont ils disposent pour faire exister le débat que le gouvernement ne veut pas organiser ». « Vous voulez peut-être même empêcher la loi ? », demande Elkabbach, un peu ahuri. « J’espère qu’on pourra empêcher la loi, mais pour l’empêcher, compte tenu des conditions qui sont posées par le gouvernement, cela suppose que les députés, les élus, les sénateurs, soient sensibilisés par leurs électeurs », dit le cardinal.

« Est-ce que dans cette bataille qui est politique, l’Eglise ne sort pas de son rôle ? », poursuit Elkabbach.

« Quel rôle ? », répond, combatif, le cardinal. « Son rôle… », reprend Elkabbach. Et le cardinal répond : « Son rôle est d’avertir, d’alerter les hommes, et de signaler qu’il y a un danger pour tout le monde. » « Le débat est lancé », croit conclure le journaliste. Mais le cardinal : « Le débat n’est pas lancé, il est appelé, il est demandé, mais il n’est pas reçu. »

De fait Christiane Taubira a dit au cardinal, en le recevant, que le « mariage » homosexuel étant dans le programme du président, et que le président étant élu, tout le monde est donc d’accord. « Je trouve que ce n’est pas une manière de concevoir les choses. » — « Donc, vous vous battrez. » — « Bien sûr ! »

Le cardinal, c’est visible, n’entend ni fuir ses responsabilités, ni édulcorer son message. Le « débat » qu’il appelle, qu’il attend, qu’il veut voir les catholiques exiger, n’est pas une confrontation où chacun met, sous forme de dialogue, un peu d’eau dans son vin : c’est un lieu ou un moyen, enfin, de faire réentendre des vérités interdites au pire, cachées et oubliées la plupart du temps, et en tout cas absentes des médias et de la place publique.

Le cardinal Barbarin a lui aussi appelé à un « débat national » sur le « mariage » homosexuel, évoquant la possibilité d’un référendum – que réclamait Mgr Rey – comme un possible « choix politique ».

Ces prises de position visibles, ces affirmations de la vérité face à un projet politique sont décidément encourageantes.

JEANNE SMITS

Article extrait du n° 7691
du Vendredi 21 septembre 2012

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