L’Etat PS

(Present) C’est donc « plié », comme nous l’annonçaient les sondages et comme c’était à prévoir, mathématiquement : à travers les élections législatives, François Hollande obtient « sa » majorité et même – c’était moins certain – une majorité absolue à l’Assemblée. Tous les pouvoirs sont désormais concentrés entre les mains de la gauche, sauf celui de modifier aisément la Constitution, puisque la majorité des trois cinquièmes du Parlement n’est pas atteinte d’office. C’est au moins cela de sauvé.

La victoire de la gauche – comme chaque victoire de la gauche depuis plusieurs dizaines d’années – était mathématiquement prévisible dès lors que le Front national était en mesure de provoquer la défaite de la « droite », avec un vote pourtant minoritaire sur le papier et aujourd’hui réduit à la portion congrue, par le jeu de l’abstention massive.

La victoire de François Hollande elle-même doit beaucoup à la présence du Front national et à l’attitude de rejet de la droite parlementaire à son égard, qui a certainement beaucoup joué dans la multiplication des votes blancs entre le premier et le deuxième tour. Objectivement, le PS doit sa victoire à Marine Le Pen, il faut le dire sans détours même si ce n’est pas de manière accusatoire : car il faut y ajouter le « cordon sanitaire » qui a joué presque partout contre le Rassemblement bleu marine.

Il faut dire aussi sans détours que cette victoire de la gauche a été « jouée » par certains, aussi bien parmi la droite parlementaire que parmi les dirigeants du Front national, comme une carte qui forcera la redistribution du jeu d’ici à 2017. De ceux qui voulaient être calife à la place du calife, dans l’entourage de Sarkozy, à ceux qui espèrent un recentrage de la droite autour de Marine Le Pen – qui ne franchit pourtant pas au niveau national le seuil du cinquième des électeurs, il n’y a pas là le tremblement de terre espéré –, l’éventail était large des partisans du bazar tout de suite, pour tirer les marrons du feu d’ici à cinq ans.

Seul l’avenir nous dira si le calcul est payant ; l’expérience prouve que la droite courbe a jusqu’ici refusé de se redresser. La nouveauté est sans doute l’attitude de ses électeurs bien plus enclins à considérer le FN comme un allié possible et plus désireux de voir s’écrouler les digues qui l’entourent.

Nous risquons de voir très vite les limites de cette tactique politique, et la France en souffrira, c’est certain.

Il faut revenir ici aux principes non négociables mis en évidence par Benoît XVI : respect de la vie, affirmation et protection du mariage comme l’union d’un homme et d’une femme, droits des parents sur l’éducation de leurs enfants. François Hollande, dont le programme rappelle à ces égards les folies du zapatérisme, a désormais les coudées franches pour aggraver la situation de manière radicale.

Or ces principes non négociables ne sont pas de simples priorités politiques, une charte d’action, une grille de lecture voire une « fixette » du responsable politique ou de l’électeur catholique : ils définissent la base commune sur laquelle peut se construire et prospérer une société, une nation, une patrie humaine, dans ses choix et ses modes d’organisation divers laissés à la liberté des hommes. Ces choix peuvent être certes plus ou moins heureux ou efficaces, mais ils n’ont aucune chance de fonctionner pour le bien de tous sans être assis sur ces fondations.

François Hollande et son gouvernement y sont radicalement opposés et ils ont les moyens d’inscrire cette opposition dans les lois et les mœurs françaises.

C’est l’assurance de ne rien pouvoir faire contre les crises qui nous accablent, parce qu’elles sont d’abord d’ordre moral.

JEANNE SMITS

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