Benoît XVI, la famille et le Premier ministre

(www.present.fr) Deux conceptions opposées de la famille : alors que 850 000 personnes participaient en cette fin de semaine à la Rencontre mondiale des familles, à Milan, Radio Fidélité, associée à Radio Vatican, a interrogé le nouveau Premier ministre français sur cette cruciale question de société – puisque c’est la famille qui est le seul véritable élément de construction de la société. Pas pour Jean-Marc Ayrault. S’il a noyé le poisson à propos de l’euthanasie, il a été nettement plus clair sur le « mariage » homosexuel : oui, il se range derrière la promesse de François Hollande de légaliser cette forme d’union et d’accorder le droit d’adopter dans ce cadre.

On sait combien ces revendications sont marginales. De très récentes statistiques aux Etats-Unis, par exemple, révèlent que sur les 3 % de la population – environ – se disant homosexuels ou bi-sexuels, seule une fraction souhaite effectivement se « marier ». On compte un peu plus de 500 000 « foyers » homosexuels contre 117,5 millions de foyers au total : 0,5 %, et tous ces couples homosexuels ne désirent pas se marier, loin s’en faut. Quant aux « mariages » gays, on en a enregistré 50 000 entre 2004 et 2010, contre 14 millions de mariages normaux. Commentant ces chiffres publiés par le Bureau du recensement américain, une association familiale, United Families, commente : « Il apparaît que la pression en faveur du “mariage homosexuel” n’a rien à voir avec un véritable désir des homosexuels de se marier, mais a tout à voir avec le fait que des homosexuels recherchent la validation sociale de leur comportement. »

La déclaration de Jean-Marc Ayrault est à lire à cette aune. Elle serait négligeable si elle ne dessinait pas notre avenir. Elle contraste violemment avec le bien de la société et de la famille tel que Benoît XVI l’a rappelé, souvent de manière très personnelle, à Milan. Le Premier ministre ne veut pas de la loi naturelle, il ne veut même pas entrer en débat avec l’Eglise à son propos et en cela c’est sa laïcité qui est sectaire et idéologique. Nos lendemains ne vont pas être roses…

A Milan, au contraire, parmi un enthousiasme qui tranche par rapport à la tristesse d’un continent au bord du suicide démographique, et alors que Benoît XVI dans son intention de prière pour le monde entier veut que « les chrétiens d’Europe redécouvrent leur propre identité », c’est la famille naturelle qui a été glorifiée. « Ce n’est pas seulement l’Eglise qui est appelée à être image du Dieu unique en trois Personnes, mais aussi la famille, fondée sur le mariage entre l’homme et la femme », a-t-il dit au cours de l’homélie du dimanche. « L’amour est ce qui fait de la personne humaine l’image authentique de la Trinité, image de Dieu. »

Au cours de ces rencontres, Benoît XVI, visiblement heureux de s’éloigner d’une ambiance de « révélations » et de « fuites » qui n’entament en rien sa personne, mais voudraient jeter une forme de discrédit sur le Vatican, a multiplié les déclarations et les souvenirs de jeunesse pour mettre en valeur le mariage et la famille sur tous les plans : politique, social, psychologique, religieux et spirituel.

Comment sauvegarder la famille si attaquée dans un monde matérialiste, individualiste, qui impose ses « rythmes serrés » et ses contraintes aux familles où, souvent, la femme travaille ? La réponse de Benoît XVI est celle du Créateur : c’est en honorant le dimanche qui est jour du Seigneur – et donc jour de l’homme, nécessité vitale pour l’homme. Dans un échange spontané suscité par une ravissante petite fille vietnamienne assise à ses pieds pour l’écouter, le Pape a rappelé les dimanches de sa propre enfance, marqués par les lectures spirituelles à la maison, l’assistance à la messe, la musique de Mozart, Schubert, Haydn, les promenades et les jeux en famille : « A dire vrai, si j’essaie d’imaginer un peu ce que sera le Paradis, je me rappelle toujours le temps de ma jeunesse, de mon enfance. Ainsi, dans ce contexte de confiance, de joie et d’amour nous étions heureux, et je pense qu’au Paradis ce devrait être semblable à ce que fut ma jeunesse. En ce sens j’espère rentrer “à la maison” lorsque j’irai “de l’autre côté du monde”. »

Au fond cette description du bonheur et de la confiance de l’enfance dit tout sur la famille. Car ils sont le fruit du mariage vécu dans sa plénitude, dans le respect de la loi divine : ainsi la famille n’est pas seulement la « cellule première » mais le roc sur lequel se construit la société.

Au cours de l’homélie du dimanche, Benoît XVI ajoutait : « Pour nous chrétiens, le jour de fête c’est le dimanche, jour du Seigneur, Pâque hebdomadaire. C’est le jour de l’Eglise, assemblée convoquée par le Seigneur autour de la table de la Parole et du Sacrifice eucharistique, comme nous sommes en train de le faire aujourd’hui, pour nous nourrir de Lui, entrer dans son amour et vivre de son amour. C’est le jour de l’homme et de ses valeurs : convivialité, amitié, solidarité, culture, contact avec la nature, jeu, sport. C’est le jour de la famille, au cours duquel nous devons vivre ensemble le sens de la fête, de la rencontre, du partage, en participant aussi à la Messe. »

En rappelant la dimension politique du droit de la famille devant les autorités de Milan, Benoît XVI a dit avec force le devoir de tout pouvoir humain de respecter ces vérités qui ont pour fruit la liberté vraie, la liberté qui est « un droit pour tous » – ce que le Pape a explicité en citant saint Ambroise. Important discours dont on doit (une fois de plus) la traduction française au site benoit-et-moi.

« Dans la mesure où l’on a dépassé le concept d’Etat confessionnel, il semble clair, dans tous les cas, que ses lois doivent trouver justification et force dans la loi naturelle, qui est le fondement d’un ordre adéquat à la dignité de la personne humaine, surmontant une conception purement positiviste de laquelle ne peuvent dériver des indications qui soient, d’une certaine façon, de caractère éthique.

« L’Etat est au service et pour la protection de la personne et de son “bien-être” dans ses multiples aspects, à commencer par le droit à la vie, dont ne peut jamais être consentie la suppression délibérée. Chacun peut alors voir combien la législation et l’action des institutions étatiques devraient être particulièrement au service de la famille. L’Etat est appelé à reconnaître l’identité propre de la famille fondée sur le mariage et ouverte à la vie, et aussi le droit primaire des parents à la libre éducation et formation des enfants, selon le projet éducatif qu’ils jugent valable et pertinent. On ne rend pas justice à la famille, si l’Etat ne soutient pas la liberté d‘éducation pour le bien commun de la société tout entière. »

Pour Benoît XVI, la famille « est le patrimoine principal de l’humanité, signe d’une culture vraie et stable au profit de l’homme », comme il l’a dit à Milan lors de son premier discours aux familles sur la place de la cathédrale.

C’est un patrimoine malmené, partiellement détruit, et qui fait face à des attaques sans précédent des nouveaux barbares pires encore que ceux de l’Antiquité. Mais c’est aussi une institution qui aujourd’hui médite sur sa réalité et son identité, et qui est prête à se défendre. Qui doit se défendre. Nul n’a le droit de se dérober à cette bataille.

JEANNE SMITS

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