Quelques réflexions et questions issues de la présence de représentants de l’Église à la rencontre de l’UOIF

Dans la première moitié du 20éme siècle Ali Abd al-Raziq défendait l’idée que l’islam doit être un message uniquement spirituel et moral. Il mettait en cause la notion d’état musulman via une analyse radicale, véritable appel à la laïcité, ce qui l’a conduit à finir sa vie au ban de la société. Plus tard, suivant la même voie, le soudanais Mahmoud Mohamed Taha, de formation soufie, a bien essayé en 1967 de plaider l’abandon de pans entiers du Coran.

En effet, inversant la règle de la “doctrine de l’abrogation”, il considérait “abrogée” toute la partie du Coran révélée à Médine, dans la mesure où elle apporte des règlements particuliers outrepassant le message général de la période mecquoise. A ce sujet il faut rappeler que les versets qui prônent la violence sacrée contre les infidèles (dont en particulier les versets 5 et 29 de la sourate 9), et édictent des lois, correspondent à la période médinoise.

Les versets qui prêchent l’indulgence ou la tolérance (tels que “pas de contrainte en religion”), les premiers dans l’ordre chronologique, sont ceux de la période mecquoise. Ils sont considérés comme abrogés par la théologie musulmane. Taha ramenait la question religieuse au niveau de la seule foi, et montrait les risques résultant d’un attachement aux prescriptions. Considéré comme apostat envers la parole de Dieu, il a été exécuté par pendaison. Nasr Hamid Abu Zayd’, l’un des théologiens libéraux les plus connus, est un professeur d’études islamiques. Son œuvre cherche à interpréter le Coran par une herméneutique humaniste.

Il souffrit de persécution religieuse pour ses opinions sur le Coran. En 1995, il fut promu difficilement professeur titulaire, mais une polémique sur ses écrits enfla et mena à l’annulation de son mariage pour apostasie. Après la décision de la Cour égyptienne, et sous la menace de mort de groupes fondamentalistes, il s’enfuit en Hollande, où il réside depuis (cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Nasr_Hamid_Abû_Zayd). Farag Foda était un écrivain égyptien, défenseur des doits de l’homme, assassiné le 8 juin 1992. Avant sa mort, Farag Foda avait été déclaré apostat et ennemi de l’islam. Un savant d’Al-Azhar, Mohammed al-Ghazali, témoignant devant le tribunal jugeant les assassins, a déclaré qu’il était juste de tuer un ennemi de l’islam: “L’assassinat de Farag Foda est en fait l’application de la sanction contre un apostat” (cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Farag_Foda).

Connaissant l’absence de risques de ce type en Europe, plus particulièrement en France pays libre donc non soumis à la loi de l’islam, dans le cadre du dialogue officiel actuel n’est-il pas du devoir des interlocuteurs chrétiens du dialogue de suggérer, certes pas brutalement, mais progressivement, à leurs partenaires l’exemple de ces courageux musulmans? Il y a là  l’occasion de commencer à faire disparaître l’un des éléments importants de la stigmatisation de l’islam (pas des musulmans).

En attendant dans le cadre des rencontres de l’UOIF, il n’était pas inconvenant d’émettre le vœu que cette association se positionne clairement quant à la liberté religieuse, au respect des Droits de l’Homme, et leur promotion dans l’enseignement religieux. La tâche paraissait d’autant plus facile pour Mgr Dubost qu’après les assassinats commis par Mohamed Merah, dans le cadre d’un rassemblement organisé à Lyon, des leaders musulmans, dont Azzedine Gaci (avec Tarek Oubrou débatteur de la table ronde), ont lu un appel intéressant.

Cet appel disait que les “responsables musulmans de France ….doivent inlassablement retravailler avec leur communauté pour relire leurs textes fondateurs, étudier leur environnement, produire une pensée en phase avec l’époque, et repenser l’éducation islamique donnée à leurs enfants” (SOURCE). Il est possible que les rédacteurs de cet appel pensaient au livre (en plusieurs volumes) destiné à la formation religieuse des enfants “La Voie du petit musulman” (Editions Essalam/Safir, Paris), en vente en particulier à la FNAC. Il est ainsi présenté par l’éditeur : “Ces livres présentent, d’une manière pédagogique, simple, complète et progressive, la connaissance de base de l’islam que doit acquérir l’enfant dans les domaines de la foi, la pratique de l’islam, la morale et la vie du prophète.

Ce programme d’enseignement, conçu par des pédagogues, est conforme aux plus importantes références religieuses”. La page 46 du tome 5 est intitulée “Le musulman est un combattant” suivi de “Le combat est une obligation pour tout musulman” justifié par la citation du verset 111 de la sourate 9 “Dieu a acheté aux croyants leurs personnes et leurs biens pour leur donner le Paradis en échange. Ils combattent dans le chemin de Dieu: ils tuent et sont tués”. L’illustration en bas de page représente un cavalier sabre en main chargeant l’ennemi. La page 47 est illustrée par l’image des deux enfants qui ont tué Abou Jahl (l’opposant quoraïch de Mahomet) enfonçant leur sabre dans sa gorge pendant la bataille de Badr.

La page 35 est consacrée au massacre de 600 à 900 juifs médinois des Banu Qurayzah, les femmes et les enfants étant réduits en esclavage. Elle se termine par: “C’est ainsi que Médine fut définitivement nettoyée des juifs qui menaçaient les musulmans, complotaient contre la vie du Prophète, et tentaient de porter atteinte à la religion de Dieu”. Pour l’équivalent dans l’enseignement aux enfants en Grande Bretagne, lire “Muslims pupils learn to cut off hands of thieves” http://www.telegraph.co.uk/education/educationnews/8150247/Muslim-pupils-learn-to-cut-off-hands-of-thieves.html

Le Service des Relations avec l’Islam, représenté par le père Roucou, se définit ainsi: “l’un des organismes mis en place, dès 1974, par les évêques de l’Église Catholique de France. Il vise à maintenir des contacts réguliers avec des associations et des personnes appartenant à la religion musulmane, il conseille aussi les chrétiens (prêtres, religieux ou laïcs) que leur situation ou leur fonction amène à établir des liens plus suivis avec des croyants musulmans. … Les chrétiens que nous sommes ne peuvent rester insensibles à l’amour divin qui s’est révélé en Jésus: il n’a pas cherché son propre avantage, il n’est pas entré en compétition avec les “grands de ce monde”: il s’est voulu serviteur de tous… jusqu’à la mort… et la mort sur une croix.

Nous nous sentons appelés à nous laisser former et envoyer par le même Esprit de Dieu pour que de nouveaux liens s’établissent entre Chrétiens et Musulmans de France. L’Église catholique qui nous a désignés nous demande ainsi d’être des intermédiaires et des traits d’union entre les deux communautés. Apprendre aux uns comment connaître et aimer les autres”.

Est-ce que “des liens plus suivis avec des croyants musulmans”, et le fait “d’être des intermédiaires et des traits d’union entre les deux communautés” impliqueraient d’exclure toute réflexion commune sur les persécutions antichrétiennes, et sur l’éducation religieuse donnée aux enfants musulmans et chrétiens, réflexion qui alors serait considérée comme un obstacle à l’objectif “d’apprendre aux uns comment connaître et aimer les autres?”. Est-ce que, dans le cadre du dialogue, “les chrétiens que nous sommes” qui “ne peuvent rester insensibles à l’amour divin qui s’est révélé en Jésus” sont tenus faire silence sur les persécutions contemporaines des chrétiens, et sur la nature de l’éducation religieuse des enfants, afin de ne pas compromettre ce dialogue? Ces persécutés sont-ils exclus de cet amour divin révélé en Jésus? N’est-ce pas le rôle, et surtout le devoir, du croyant chrétien de témoigner, de façon officielle, compassion et aide à ses frères souffrant pour leur foi, ce qui a toujours été le cas depuis les premiers siècles?

Ne serait-il pas plus avantageux pour faire disparaître la “stigmatisation”, évoquée par Mgr Dubost, d’inciter les interlocuteurs musulmans du dialogue à suivre l’exemple du leader musulman, le Sheikh Dr Muhammad Al-Hussaini? A l’inverse de ses coreligionnaires en France dont les rares condamnations sont bien timides, celui-ci condamne dans les termes les plus fermes les persécutions antichrétiennes. Il va même jusqu’à dénoncer le silence de la plupart des responsables chrétiens, comme le relate le site http://www.christianweek.org/stories.php?id=661&cat=record: “Dr. Mohammed Al Hussaini dit que la persécution des chrétiens s’amplifie parce que la hiérarchie de l’Eglise ne s’en soucie pas. ….

Nous ne pouvons compter sur la communauté musulmane, dit-il, en s’insurgeant contre les injustices des musulmans vis à vis des minorités chrétiennes. C’est pourquoi il exhorte les responsables chrétiens à agir auprès des dirigeants musulmans du monde entier”. L’article  http://www.freag.net/en/t/tqix/arselifting_ima reproduit de plus larges extraits de ce qu’a dit Mohammed Al Hussaini, avec des commentaires. En effet, il n’est pas illogique de penser que l’absence de réaction des “institutions religieuses” ne peut qu’être interprétée comme un encouragement à la passivité des autorités politiques, et de la police, dans les pays où sévit la persécution.

S’il n’en était pas ainsi, les responsables religieux chrétiens du dialogue en France ne laisseraient pas aux seuls militants athées le soin de la défense des persécutés, en manifestant une réelle compassion pour les victimes. Cet inattendu engagement d’athées est donné sur le site “Riposte laïque”: http://www.ripostelaique.com/La-persecution-des-chretiens.html, où Lucette Jeanpierre, dans une recension du livre de Raphaël Delpard “La persécution des chrétiens aujourd’hui dans le monde” (Ed. Michel Lafon) dit: “Tous les moyens sont bons pour les faire abjurer leur foi, y compris le viol collectif, sorte de viol idéologique, dans les pays musulmans. …. On ne peut lire un tel ouvrage sans être profondément troublé par le silence qui accompagne ces violences inacceptables, ces meurtres, ces viols, ces actes de barbarie.

Silence de l’Eglise catholique, silence des hommes politiques de droite comme de gauche. … On reste confondu, après avoir lu ce livre, par l’arrogance des musulmans, dans les pays européens, et en France, quand ils réclament des droits démocratiques pour leur religion, et qu’ils éradiquent, avec des moyens barbares, toute autre religion, et toute autre pensée, quand ils en ont les moyens”. Dans ce livre Raphaël Delpard lance un cri douloureux: “Les chrétiens sont en danger. Cela n’a rien d’un effet d’annonce. En 2009, c’est une insupportable réalité”. Pour lui ces drames, occultés “par le silence des nations”, se déroulent très majoritairement dans des pays musulmans: “On ne peut pas faire comme si le problème n’existait pas et détourner les yeux”.

Sur le site http://www.france-catholique.fr/Dans-le-dialogue-avec-l-islam-le.html, et sous le titre “Dans le dialogue avec l’islam: le tabou levé, ou le silence récidivé?” (15/01/2010), le père Daniel-Ange fait un bien triste constat. Après avoir évoqué “le black-out total de l’épiscopat français sur la persécution communiste, pendant des années”, il s’exprime ainsi: “J’ose poser la question politiquement, ecclésialement très incorrecte: ne recommençons nous pas, avec la persécution islamique? Voici quatre ans, un document de la Conférence épiscopale, remarquable par ailleurs, validé par l’Assemblée plénière à Lourdes, abordait tous les aspects du dialogue. Je n’y ai pas trouvé une allusion à cette violence islamique antichrétienne”.

N’est-il pas temps de modifier la stratégie du dialogue officiel en France, et de sortir du “bal masqué” dont parle le père Jourdan?

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