L’évolution du sort des personnes âgées

(www.present.fr) Hyponatalité et dénatalité

J’aurai dû écrire comme titre : « Le sort des vieux ». Je confesse que j’ai eu la lâcheté de me soumettre au politiquement correct. Mais, même parmi les lecteurs de Présent, on y aurait peut-être vu comme une provocation. Nous n’avons plus le droit d’appeler un chat un chat. Ainsi les infirmes ont été appelés successivement des handicapés – terme hippique pas si mal choisi car le cheval lesté par le handicap peut encore gagner la course –, puis des personnes handicapées, puis maintenant des personnes en situation de handicap. Bientôt, pour les désigner, il faudra une ligne et demie…

Paul Valéry a dit : « Nous savons maintenant que nous autres civilisations sommes mortelles », courte phrase écrite en lettres géantes sur la façade du bâtiment ouest du Trocadéro. Plus tragiquement encore, nous avons assisté dans un passé récent à l’extinction de certaines races. On dit qu’il en serait ainsi de peuples d’Australie, de Tasmanie, ou des Patagons immortalisés par Jean Raspail, mais seulement de façon en grande partie imaginaire.

Quels que soient les drames qui s’abattent sur le destin ou la survie d’une race – guerre d’extermination, pandémie, péjoration climatique insoutenable, etc. –, la tragédie d’une disparition complète me semble toujours reposer – ou au moins supposer une altération ou une extinction d’une force procréatrice. C’est la dénatalité.

Or, à l’évidence, les « sous-chiens » – comme les autres peuples blancs européens de tradition chrétienne – sont affectés de longue date d’une hyponatalité qui risque de déboucher sur une dénatalité radicale et mortelle. C’est la menace la pire qui puisse s’abattre sur un peuple. Elle prend en grande partie sa source dans le cortège de maux qui nous affectent : immoralisme incendiaire, liberté sexuelle, perte de l’esprit de sacrifice, décomposition des institutions sacrées telles que le mariage et la famille, désenchantement et désespérance ; le tout aggravé par un métissage au sein duquel se diluent les Vieux-Français de moins en moins majoritaires. Finalement, l’idéologie dominante – jusque dans le pouvoir de l’Etat – aggrave systématiquement ces maux et relève d’un nihilisme cynique.

Je vais quand même en arriver à mon sujet. En fait, il n’est point besoin d’une analyse très approfondie pour voir à quel point, dans l’Histoire contemporaine, le sort des vieux est lié à la dégradation progressive de la fonction de procréation dans notre société.

Naguère encore, les vieux restaient en famille

Jusque dans un passé tout récent – disons jusqu’au cours de la première moitié du XXe siècle –, l’immense majorité des vieux demeuraient dans leur famille jusqu’à leur mort. Ce sort était celui de toutes les sociétés au monde et il se perpétue encore en dehors des pays les plus évolués. Il n’y avait pas d’autres solutions. Les maisons de retraite n’avaient pas été inventées… En France, la société rurale, très dominante jusqu’à la guerre de 1914, était particulièrement propice à cette union naturelle sinon sacrée qui liait les générations. A la ferme ou dans les ménages, les vieux trouvaient mille occasions de se rendre utiles, adaptant leur travail et leurs services aux restes de leur force déclinante. Tant qu’un doigt est valide, il peut rendre service. Et cette activité, même secondaire, même marginale, était un contrepoison aux sentiments culpabilisants d’inutilité que les personnes âgées risquaient de ressentir.

La France nataliste de jadis

La natalité est restée forte chez nous jusqu’au début du XIXe siècle. Nous étions en quelque sorte la Chine de l’Europe. Il serait évidemment faux de prétendre que les parents du passé n’engendraient une famille nombreuse que pour avoir un soutien assuré dans leur vieillesse. Leur foi religieuse, protégeant d’un égoïsme destructeur, la vitalité d’un peuple laboureur ou forestier, l’ignorance de toute méthode contraceptive, l’absence des techniques abortives – l’idéologie de mort et ses instruments –, se conjuguaient pour la floraison de ces naissances en chaîne. Mais on ne saurait nier que si l’apparition d’un nouvel enfant a pu être parfois redoutée – en tant que nouvelle bouche à nourrir –, elle était souvent considérée comme une bénédiction, à la fois dans une perspective foncièrement naturelle et, en même temps, comme une paire de bras supplémentaire pour conduire bientôt la charrue et… assurer la vieillesse des parents.

Le système des pensions de retraites :

des conséquences ambiguës

La généralisation du système des pensions de retraites date de moins d’un siècle. Si auparavant existaient des systèmes mutualistes, ou certaines ébauches de ce système, particulièrement dans des cas privilégiés – tels celui de la fonction publique –, une certaine généralisation n’est apparue qu’entre les deux guerres mondiales. Dans ma jeunesse, j’ai souvent entendu, à propos de ceux qui en devenaient bénéficiaires ou qui n’allaient pas tarder à l’être, l’expression de la grande joie ressentie par eux. Différentes sources de satisfaction ont renforcé mutuellement leurs effets. D’une part, ils avaient désormais la certitude de ne point peser sur leurs descendants, de ne pas alourdir la charge déjà pesante de créer et d’élever une famille, d’occuper une partie du logement urbain souvent plus exigu que la ferme d’autrefois. Ils n’offriraient pas en permanence un spectacle de leur inutilité à une famille vivant dans la fièvre d’un environnement urbain moderne. Une autre source – sans doute moins altruiste – se trouvait dans la certitude d’échapper à la dépendance toujours délicate même avec une famille, côte à côte avec ses propres enfants, avec son beau-fils ou sa belle-fille, sans possibilité de solution de substitution, de possibilité d’échappatoire. Quel immense progrès que l’apparition et la généralisation des pensions de retraite !

Mais il faut être optimiste au-delà de la raison pour ignorer que tout progrès comporte son prix à payer. Le verso bleu comporte souvent un recto plus sombre. Dans un premier temps, les vieux n’allaient pas être les seuls à apprécier la portée de cette mesure administrative. La présence de nombreux enfants cessait d’être une nécessité, une garantie pour sa vieillesse. Les mêmes raisons de fond que celle évoquée ci-dessus pour expliquer la force procréative de la société d’autrefois avaient toutes été progressivement culbutées. Dans ces conditions, cet état de choses jouait contre la natalité. Néanmoins, au profit d’une famille nombreuse, une motivation – même marginale – disparaissait inévitablement.

Le règne des retraités

Un second effet quelque peu pervers résulte de la conjonction entre les avantages dont jouissent désormais ces retraités, d’une part, et d’autre part, leur poids numérique de plus en plus lourd, dû à la fois à l’âge précoce de la retraite et à l’allongement de l’espérance de vie. Il est vrai qu’il existe une multitude de « petits retraités » dont la pension est extrêmement faible et dont les moyens d’existence s’amenuisent chaque jour avec la dévaluation de fait de notre monnaie, concrétisée par l’augmentation générale des prix de la plupart des denrées courantes. C’est là une des tragédies de notre époque ; elle est rendue scandaleuse par les libéralités dont à la même époque profite une multitude d’occupants étrangers – souvent hors-la-loi au sens strict du terme – qui n’ont pourtant aucun droit sur notre patrimoine national.

Des retraités parfois mieux dotés que la génération en activité

II n’en reste pas moins que les millions de rentiers disposent encore de revenus fort appréciables. Très nombreux sont ainsi les couples bénéficiant d’une double pension de retraite, ne supportant plus aucune charge de famille, profitant d’un logement – et souvent d’une résidence secondaire – acquis et amorti depuis longtemps. Mais de façon paradoxale et anti-naturelle, ils profitent ainsi de moyens d’existence supérieurs à la génération de leurs enfants – ou petits-enfants – ayant la charge d’une famille nombreuse, riche de ces filles et fils qui paieront demain la retraite de leurs parents.

Ces retraités aisés peuvent dépenser sans compter, d’autant plus que les risques d’ennuis de santé et des différentes épreuves de la vie sont amortis par tout un système d’assistance publique généralisée, de mutuelles et d’assurances. La génération de ces retraités aisés peut donc s’offrir des loisirs, aller au spectacle, voyager – en particulier dans les pays étrangers voire exotiques où ses dépenses ne profitent même pas à notre industrie nationale. Inutile de dire que leur dernier souci est bien souvent d’investir dans le tissu productif français ou dans ce qu’il en reste, alors qu’il est déjà exsangue, écrasé par les charges sociales et la fiscalité, mis à mal par une concurrence internationale terriblement ouverte.

Par leur importance numérique, par leur visibilité dans la société contemporaine, ces retraités relativement nantis finissent par constituer un modèle, une sorte d’archétype sociétal qui s’imprime dans l’esprit déjà passablement amolli des jeunes contemporains. Ils vivent parfois recroquevillés dans un égoïsme dominateur. On n’investit que pour sa personne, voire pour son plaisir. On passe, dans bien des cas, d’un compagnonnage à d’autres. La famille est un modèle ringard et les enfants une contrainte pesante et incompatible avec son propre « droit à la liberté ». Bref, à son corps défendant, le modèle contribue à aggraver un terrible déficit d’enfants, c’est-à-dire – pour s’en tenir au point de vue économique qui n’est pas le plus important – ceux qui devraient payer demain les retraites des actifs d’aujourd’hui, au moins au taux actuel. Le système se grippe. En fait, il n’y aura bientôt plus de possibilités de payer les retraites.

Des réunions de décideurs politiques se multiplient ainsi que des solutions qui ne sont que des cautères sur une jambe de bois.

Toutefois, les jobards – et les pervers qui les intoxiquent – trouvent de quoi se rassurer. La natalité française, nous explique-t-on, est la moins basse de toute l’Europe, toute personne vivant sur le sol de France étant prise en compte dans cette évaluation. On nous dit même qu’il faut s’ouvrir plus grand encore à une invasion-occupation toute faite de populations fécondes. Fécondes, elles le sont au moins à la première génération, mais sans parler des innombrables problèmes qu’elles suscitent et de la défiguration qu’elles imposent à notre peuple. La productivité et l’efficacité de ces immigrants en sont-elles assurées ? Si c’est le cas, pourquoi, dans leur pays d’origine, ces hommes ont-ils laissé s’installer et s’aggraver la stagnation et la misère ? Et, si c’est le cas encore, comment se fait-il qu’ils soient dans une proportion aussi élevée à vivre des allocations ? N’est-il pas inquiétant qu’ils soient plus nombreux à profiter de nos innombrables avantages sociaux qu’à participer au financement de ceux-ci par leur travail ? Bref, il risque fortement de s’avérer que, dans le domaine sociologique, 1 n’est pas forcément égal à 1. Les populations humaines offrent des problèmes plus compliqués que l’arithmétique élémentaire.

Dans les deux derniers siècles, l’évolution des conditions de vie et des mentalités nous a amenés à la fois l’hyponatalité et la difficulté de garder les vieux à la maison, c’était l’ébauche de la faillite des familles. L’institution des retraites est venue suppléer à cette carence gravissime – et mortelle à brève échéance. L’hyponatalité passant à la dénatalité, les retraités pesant de plus en plus lourd sur la nation, le système explose, au point que même le milieu politique et médiatique est obligé d’en parler. Après que la faillite des familles a chassé les vieux des foyers, voici que les vieux devenus des retraités contribuent à la faillite collective. Ce n’est pas gagné.

GEORGES DILLINGER

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