Les États minent Schengen. Et l’Union européenne…

(www. Present.fr ) Rétablir – de façon temporaire, bien sûr, soit six à douze mois… – les contrôles aux frontières nationales. C’est ce que viennent de décider, selon l’annonce qu’en a faite la présidence tournante danoise, et à l’unanimité, les Etats-membres de l’Union européenne.

Certes, les Etats ont déjà la possibilité de le faire pour des raisons de sécurité et d’ordre public. La Pologne vient justement d’en bénéficier à l’occasion de l’Euro-2012 de football. Mais dorénavant, cela sera possible également en cas de pression migratoire (c’est plus scientifique, plus correct que de parler d’immigration) incontrôlable à une de leurs frontières extérieures.

Oh ! avec des pincettes. Il s’agit d’une « mesure extrême, dont la mise en œuvre est soumise à des conditions très strictes », assure-t-on. « Nous avons accepté le compromis présenté par la présidence danoise car il permet de faire face à des situations graves qui peuvent arriver », renchérit le ministre français de l’Intérieur Manuel Valls.

« La situation à la frontière gréco-turque montre que l’on a besoin d’un mécanisme d’action très claire dans l’espace Schengen », précise concrètement le ministre autrichien de l’Intérieur, Johanna Mikl-Leitner.

Et, de fait, et plus largement, la Turquie est devenue la plaque-tournante de l’immigration clandestine vers les pays de l’espace Schengen, notamment grâce à l’ouverture de liaisons aériennes à bas prix sur Istanbul, souligne le rapport 2012 de l’agence Frontex, chargée de coordonner la surveillance des frontières extérieures de l’Union européenne, qui évoque, pour ces dernières années, des « niveaux d’interceptions » oscillant entre 40 et 57 000 clandestins par an. Les autres, par nature, sont incalculables…

Une situation, qui, on le comprend bien, complique davantage encore aujourd’hui la question d’une adhésion turque.

D’où l’accord survenu jeudi au grand dam de Bruxelles. Le commissaire européen en charge des Affaires intérieures Cecilia Malmström dénonce, en effet, un mécanisme qui n’est pas européen : « Cet accord nous met à la merci de pressions populistes. »

Ben oui ! ma brave dame, les nations se souviennent parfois que la démocratie consiste à disposer d’elles-mêmes. Pas à se laisser écraser par le totalitarisme idéologique européen.

C’est – tout en assurant qu’il était « hors de question » que la France quitte Schengen – ce que lui a clairement répondu Manuel Valls : « Face à des situations de crise, à des situations exceptionnelles, les Etats membres de Schengen doivent pouvoir retrouver leur souveraineté. (…) L’accord donne à la Commission le rôle qui doit être le sien, faire des propositions, et il préserve les compétences des Etats dans des domaines qui sont très sensibles » Bravo ! Mais surtout : poursuivez… sur les brisées du précédent gouvernement, et contre les idées développées par François Hollande lors de sa campagne.

Certes ! une telle décision ne pourra être prise que par l’ensemble des Etats, et non de façon unilatérale. Mais c’est déjà un pas dans la bonne direction.

La Commission n’est pas seule à se plaindre ; le Parlement européen a, lui, fait part de son dépit de n’avoir pas été consulté. Le groupe Libéral, emmené par l’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, a même estimé que les Etats « déclarent la guerre au Parlement européen ». « Le Parlement examinera s’il convient d’engager une action en justice », a-t-il menacé.

Et puis quoi encore ?

Quant au président du Parlement européen Martin Schulz, il observe que « la libre circulation dans un espace sans frontières intérieures est un pilier de l’Union européenne ».

Ce qui devrait effectivement inciter chacun à s’interroger sur la construction européenne…

OLIVIER FIGUERAS

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