Les communistes ça ose tout

(L’Insolent) Le résultat du premier tour marque seulement une victoire en demi-teinte pour le gouvernement. Elle se révèle très inférieure à la tendance observée dans le passé, qui confirmait, dans les situations analogues, le camp vainqueur du scrutin présidentiel précédant. La première page du Monde (1)⇓ le montre, peut-être sans le vouloir, d’une manière très éloquente. La tache rose du vainqueur d’un soir est affectée d’un pourcentage de 34,43 %, sa symétrique bleue de l’UMP compte pour 34,10 %.

 

Avec un tel écart, et une telle absence d’état de grâce, non seulement on ne va pas très loin sur un quinquennat, mais rien n’est même assuré pour le deuxième tour.

Pourtant le parti socialiste pourrait bien conquérir la majorité absolue dans la future assemblée nationale, pour la première fois depuis 30 ans. Les estimations du journal télévisé de 20 heures, diffusées et matraquées le 10 juin le créditent ainsi de 275 à 319 sièges.

Les bons esprits aiment à mettre en cause le système électoral français. On accuse de la sorte ce mode de scrutin uninominal à deux tours de détourner les majorités. Rappelons quand même qu’ayant prévalu sous la Ve république, pendant 12 législatures sur 13, il a permis à la France d’être gouvernable, principale rupture avec l’expérience traumatisante de la constitution de 1946. N’oublions pas non plus qu’il avait fonctionné pendant la majeure partie de la Troisième république. Si l’on veut vraiment réduire la marge des manipulations, comme celle des interventions d’appareils qui en ont toujours résulté, la moins mauvaise solution consisterait sans doute à évoluer vers le scrutin à un seul tour qui prévaut en Grande Bretagne et aux États-Unis.

Il ne suffit pas en effet de déplorer le recul de la participation. Le refus de voter de 42,8 % des inscrits comme le vote blanc qui, malgré le nombre très élevé des candidats, porte encore sur 1,6 % des citoyens s’étant déplacés tout cela confirment le désaveu de l’opinion.

On peut donc en déduire, sans forcer le trait, que, si le pouvoir est aujourd’hui conforté, le régime est en revanche un peu plus désavoué par les Français.

Par le jeu de leurs alliances, les 1 400 000 électeurs écologistes, qui ne pèsent guère que 5,4 %, les 570 000 voix du Nouveau centre et les 320 000 suffrages du Parti radical valoisien se trouveront représentés.

Le dispositif de disparité entre les opinions et l’existence des groupes parlementaires repose donc essentiellement sur les intimidations, auxquelles succombent les états-majors chiraquiens depuis quelque 25 ans. Il s’exprime par l’interdiction infligée à la droite de s’allier avec les forces classées, on ne sait plus trop pourquoi à “l’extrême droite”. Soulignons d’ailleurs l’arbitraire d’un tel étiquetage.

En revanche comme chacun peut le constater en dépit de leurs échecs les gens de l’extrême gauche peuvent encore et toujours tout se permettre. L’arrogance impunie du parti communiste vient d’ailleurs de battre ses propres records.

Qu’on en juge.

Certes le score du front de gauche en général et celui du PCF en particulier demeurent élevés. Trop élevés. Mais en recul. Cependant que ceux qui craignent pour les sinécures d’amis de cette obédience ne s’en alarment pas outre mesure. L’audience des nostalgiques du marxisme persiste à opérer ses ravages dans les secteurs culturels, dans les milieux enseignants, dans les réseaux médiatiques, etc.

Laurent-le-4-juin-2012-a-l-elyseeEn revanche le recul de leur impact dans l’opinion populaire se confirme de scrutin en scrutin.

Ainsi Pierre Laurent, chef du parti communiste et président du conseil national du Front de gauche, en est réduit à préconiser qu’on “modifie le règlement” de l’Assemblée, craignant que le vieil appareil stalinien n’obtienne pas les 15 députés nécessaires. Et de juger “impensable” que son parti n’ait pas de groupe.

“Même si nous sommes un peu en dessous des quinze nécessaires pour constituer un groupe aujourd’hui, il faudra modifier le règlement pour avoir un groupe à l’Assemblée nationale”, ose-t-il développer.

Le PCF craignant de n’obtenir que 11 sièges, il affirme ainsi : “Vu que ce que nous pesons dans la majorité, nos idées vont être indispensables à la réussite de la gauche, il serait impensable que la voix du Front de gauche soit effacée de l’Assemblée nationale”.

“Impensable” en effet que son parti antinational depuis toujours (2)⇓ ne dispose pas des conforts matériels attachés à l’existence administrative d’un groupe parlementaire. Une fois de plus, et dans l’intérêt exclusif de ce parti, on doit se préparer à une modification discrète des petites règles législatives.

Voilà le chantage. Les communistes, ça ose tout.

Aucune vague rose n’est venue conforter ce 10 juin la victoire relative du 6 mai Le second tout va sans doute se jouer, en effet, encore dans un mouchoir de poche.

Aucun enthousiasme évidemment. On prétend assurer au président fraîchement élu une apparence de majorité parlementaire. Pour la réaliser l’apport des voix de Front de gauche est jugé essentiel et donc légitime pour les amis de Monsieur Normal et de Mme Aubry.

“Un hommage est dû” à Jean-Luc Mélenchon s’est ainsi plu à proclamer (3)⇓ le ministre Montebourg. (4)⇓ On notera que cet homme a été nommé en charge de l’Industrie et de toutes les négociations à mener avec la CGT.

Faut-il s’étonner de la porosité qui se manifeste entre les électeurs des diverses droites et qui s’est renforcée, en dépit des attitudes sectaires d’états-majors ?

La déclaration la plus radicale dans ce sens émane de Juppé : “il n’y aura d’alliance avec le front national en aucune circonstance” (5)⇓. Or il s’agit d’un responsable que sa prudence avait écarté des risques électoraux. Le mot d’ordre finalement adopté lors de la réunion de l’UMP du 11, le “ni-ni” annoncé par le secrétaire général du parti Jean-François Copé, après avoir été proposé par Claude Guéant exprime au contraire une lente dérive vers le bon sens. Depuis 1998, la question se pose. Alain Peyrefitte l’avait lancée dans l’éditorial du “Figaro” du lendemain des élections régionales cette année-là. Votre serviteur y avait alors consacré une petite plaquette dénonçant alors “la Droite la plus suicidaire du monde”. (6)⇓ Les sectaires l’ont empêché pendant 15 ans.

Dans l’intérêt du pays, le cheminement de certaines évidences ne doit désormais plus attendre.

Apostilles

  1. Édition papier datée du 12 juin.
  2. On se reportera à son attitude par rapport à “L’Alliance Staline Hitler”.
  3. Sur la connivence des deux personnages on relira dans “L’Insolent du 19 septembre 2011” le compte rendu de leur rencontre à la fête de L’Huma.
  4. Cette déclaration a été effectuée une première fois sur France 2 le 10 juin à 20 h 42. Le 12 juin à 7 h 50, l’intéressé la développait sur RTL au micro de Jean-Michel Apathie qui, pour une fois, n’y trouvait rien à redire.
  5. En boucle sur France Info le 11 juin 2012.
  6. Ce petit pamphlet contre le sectarisme chiraquien m’a voulu beaucoup d’ennemis issus de ce sérail. Quand je vois ce qu’ils ont fait par la suite, je ne le regrette pas.
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