La politique actuelle des islamistes en France

(L’Insolent) Le rassemblement du Bourget qui s’est tenu du 6 au 9 avril a révélé la ligne nouvelle que suit désormais l’islamisme radical dans notre pays. Sous le nom officiel de Rencontre annuelle des musulmans de France, il s’agit depuis 1988, de la plus importante manifestation de cette forme d’expression communautariste sur le territoire de l’Hexagone. Elle a réuni cette année encore entre 25 000 et 40 000 personnes (1)⇓. Le mouvement organisateur, nommé “Union des organisations islamiques de France”, a été fondé en 1983 par les adeptes des Frères musulmans, est soutenu par l’Arabie saoudite. Ceci lui vaut un certificat de modération dans la représentation du monde qui prévaut au Département d’État de Washington.

En fait de modération, son inspirateur, Youssef Al Qaradawi, téléprédicateur d’Al Jazeera, était cette fois interdit de séjour, en raison des événements terroristes de Toulouse. Ce théologien un peu particulier juge légitime de tuer “les ennemis de l’islam”, et particulièrement les Juifs. En son temps, le national-socialisme avait réussi, selon lui, à les “remettre à leur place. C’était un châtiment divin. Si Allah le veut, la prochaine fois, ce sera par la main des musulmans.” (2)⇓

En 2003, lorsque le très officiel CFCM, conseil français du culte musulman fut créé, sous l’égide du ministère de l’Intérieur, l’UOIF est reconnue comme l’une des institutions fondatrices. Cette année-là, le ministre de l’époque, un certain Nicolas Sarkozy, se rendra au rendez-vous de l’UOIF. Ceci représenta le point culminant du rapprochement de l’État avec ces citoyens. La république faisait ainsi aboutir un long processus administratif auquel auront été associés, l’un après l’autre, les noms de ses prédécesseurs, de Charles Pasqua à Daniel Vaillant en passant par Jean-Pierre Chevènement.

Tous nourrissaient l’illusion de créer un islam français.

On entend dire aujourd’hui, et on lit parfois, que l’association loi de 1901 intitulée CFCM représenterait “plus de 3,5 millions de musulmans en France”. Cette évaluation jongle peu sérieusement avec les chiffres. Elle suppose d’abord que les adeptes du soufisme et ceux de l’école wahhabite, mais aussi les alevis turcs ou les chiites iraniens, appartiendraient à la même “religion”. D’autre part, la France semble ne compter que 2,1 millions d’habitants dont les parents sont nés dans un pays considéré comme musulman, mais la statistique se retrouve incapable de savoir parmi ceux-ci combien se revendiquent de la religion de leurs ancêtres. On l’a vu dans l’affaire des Toulouse, où l’une des victimes, désignée comme mahométane au vu de son origine maghrébine s’est révélé un Kabyle de confession catholique. À peine 800 000 habitants de l’Hexagone fréquentent occasionnellement les mosquées. Moins de la moitié détiennent un passeport de la république. Au bout du compte les pratiquants réguliers des diverses formes de la prédication coranique de nationalité française se retrouvent probablement 10 fois moins nombreux qu’annoncé.

Le CFCM imaginé par l’administration et reconnu par l’État les représente-t-il ?

Très vite, l’unité de façade se décompose entre musulmans algériens de la Grande Mosquée de Paris, leurs coreligionnaires turcs du CCMTF, marocains du Rassemblement des musulmans de France (3)⇓ tous rattachés à des gouvernements étrangers différents. Les gens de l’UOIF, proches des Saoudiens, du Qatar et des Frères musulmans égyptiens s’en détachent. Les élections du CFCM de 2011 les voient refuser de voter. Cette erreur les prive actuellement de leur représentativité administrative.

Plus rapidement encore l’alliance entre l’UOIF et le ministère de l’intérieur avait explosé. Dès novembre 2003, un affrontement très violent entre Nicolas Sarkozy et Tariq Ramadan s’était produit (4)⇓ devant quelque 6 millions de téléspectateurs.

Il existe en tout état de cause une opposition de doctrine. Car Ramadan refuse explicitement la “nationalisation de l’islam” voulue par l’administration hexagonale. Ce projet naïf entre en contradiction avec les principes mêmes de cette foi, fort peu prédisposée à transiger avec les Infidèles.

En 2003, l’intellectuel islamiste, bien qu’il passe lui aussi pour un grand habile, avait commis une énorme maladresse. Il avait d’abord pratiquement refusé de condamner les propos provocateurs de son propre frère, et certaines pratiques réalisées au nom de la charia. Bien plus interrogé à propos de la lapidation des femmes adultères, il s’était contenté de se poser en aimable partisan d’un “moratoire”. De telles déclarations révélatrices furent alors pointées du doigt par celui qui allait devenir chef actuel de l’État. Son adversaire d’un soir ne semble pas avoir pardonné sa propre erreur au président sortant de la république.

Tariq Ramadan fut donc choisi lors de cette 29e édition du rassemblement du Bourget pour remplir une fonction précise.

Claude Guéant et Alain Juppé avaient, dès le 29 mars, dans un communiqué commun, dit regretter sa venue, à cause de ses “positions (…) contraires à l’esprit républicain”.

Or, dès le début de son intervention, l’intéressé eut beau jeu de dénoncé cette “fatwa” prise à son encontre. “Ce que nous attendons d’un gouvernement, ce n’est pas de faire de la surenchère”.

Il s’appliqua surtout à dresser dans son discours du 7 avril un réquisitoire “antisarkozyste” impitoyable. Pas besoin d’être un grand politologue pour deviner en faveur de quel candidat il suggère de voter à ceux et à celle qui se réclament de l’islam.

Entre 2005 et 2012, “qu’est-ce qui a été fait ?”, a-t-il fait semblant de demander. Il a ensuite pointé les “diversions”, d’après lui, faites avec les interpellations d’islamistes radicaux dans la foulée de l’affaire Mohamed Merah, “alors que la France est dans une situation économique pas très loin de celle de l’Espagne”. Une fois encore aucune condamnation des actes terroristes ordinaires qui ont révolté la France entière.

Conclusion : “Il faut une politique de justice (…) la police doit respecter les hommes, les femmes, toutes les couleurs de peau…”

En termes clairs cet exercice de démagogie ordinaire signifie que désormais la tactique des islamistes mise sur l’arrivée au pouvoir du gouvernement qui accélérera le plus le dépérissement de l’autorité de l’État et des fonctions régaliennes de police et de justice, tout en renforçant les redistributions financières qui entretiennent l’économie parallèle. L’extraterritorialité des zones de non-droit se verra ainsi renforcée par le quadrillage de l’islamisme associé à celui des narcotrafiquants au sein des quartiers.

Pour les gens de l’UOIF au moins, le choix ne laisse guère de place à l’ambiguïté.

Apostilles

  1. La salle peut en accueillir au maximum 45 000.
  2. Comme dans les traductions françaises du Coran ceux-ci sont désignés sous l’appellation de “croyants”
  3. Qui désormais détiennent la présidence en la personne de Mohammed Moussaoui.
  4. Lors de l’émission “100 Minutes pour convaincre” sur France 2 du 20 novembre 2003.
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