La Hongrie, sa nouvelle constitution et l’Europe

(www.idc-europe.org) Le 14 mai 2012 l’IDC a organisé une table ronde sur “La Hongrie, sa nouvelle constitution, et l’Europe”. En effet, la nouvelle constitution de la Hongrie, qui remplace celle de 1949, la Hongrie étant le seul pays ex-communiste qui n’a pas adopté une nouvelle loi fondamentale dans la foulée de la chute du communisme, a suscité de nombreuses critiques de la part de Bruxelles. Le président de la Commission européenne, un fonctionnaire non élu, s’est érigé en juge lorsqu’il a déclaré, en mars, que “Nous ferons tout pour nous assurer que la Hongrie respecte les valeurs européennes.”

La nouvelle constitution s’est fait remarquer pour son invocation de l’héritage chrétien de la Hongrie, de sa protection de la vie humaine à partir de la conception, et de sa définition du mariage comme une union entre un homme et une femme. Visiblement ces références identitaires et chrétiennes déplaisent aux postmodernistes de Bruxelles. Soutenu par une grande majorité du peuple et jouissant d’une majorité des deux tiers au parlement, le nouveau gouvernement hongrois, élu en 2010 et présidé par Viktor Orban, réplique que chaque pays a un droit inaliénable de se doter de la constitution qu’il veut et que Bruxelles ne devrait pas s’ingérer dans les affaires souveraines d’une nation.

Sont intervenus dans la table ronde Dr Laszlo Trocsanyi, l’ambassadeur de Hongrie en France, professeur de droit constitutionnel à l’Université de Szeged et ancien juge à la Cour constitutionnelle de son pays; le professeur Lyubov Shishelina, chercheuse à l’Académie des sciences de Moscou et professeur à l’Université des Sciences Humaines de Moscou et à l’Université Janos Kodolanyi à Szekesfehervar (Hongrie); le professeur Magdolna Csath, économiste, directeur du département des sciences appliqués à l’Université Janos Kodolanyi à Szekesfehervar; et Michel Pinton, politologue et ancien député européen.

L’ambassadeur a souligné essentiellement deux choses: que la Hongrie respecte pleinement les valeurs européennes et que les accusations contre elles sont injustes. Il a décrit le contexte politique et historique dans lequel cette nouvelle constitution est née, et notamment le fait la Hongrie utilisait encore sa constitution communiste de 1949, toutefois avec une riche jurisprudence élaborée par la Cour constitutionnelle et que certains appelaient “la constitution invisible”.  La nouvelle constitution n’a fait que rendre visible cette “constitution invisible” mais déjà existante.  Ensuite, il a souligné comment les attaques contre la nouvelle constitution sont le fruit d’une certaine frustration de la part de l’opposition que a été sévèrement battue aux dernières élections et qui cherche à porter son combat idéologique contre le nouveau gouvernement au niveau européen, où elle trouve de nombreux alliés.

Le professeur Shishelina était d’accord que la nouvelle constitution était l’objet de plusieurs malentendus, volontaires ou non, notamment concernant le mariage homosexuel. La Hongrie, en effet, a déjà un “PACS” dans son système juridique et la seule différence entre cette union civile et le mariage est que l’adoption d’enfants est impossible pour les couples homosexuels. La Hongrie avait fait tout un chemin et, après une longue réflexion, elle avait décidé d’adopter un texte qui est en effet partiellement inspiré par le christianisme. A part ces références, qui existent d’ailleurs aussi dans d’autres constitutions européennes comme dans celle de l’Irlande ou de la Grèce, la nouvelle constitution hongroise est, selon le professeur Shishelina, un texte tout à fait normal et classique.

Dans son intervention, le professeur Csath a souligné surtout les intérêts économiques qui, selon elle, se trouvent à la base de ces attaques.  Dans son exposé, elle a montré comment la Hongrie post-communiste a été économiquement “colonisée” par les pays du noyau dur de l’Europe (essentiellement l’Allemagne mais aussi, dans une moindre mesure, la France) et comment ces attaques ne sont qu’une manière de faire plier la Hongrie à des exigences purement économiques.  Un contrôle démocratique accru sur la banque centrale ne pourra, selon elle, que corriger le comportement inadéquat de cette banque qui ne sert plus depuis longtemps l’intérêt national.  Une remise en cause de certains monopoles économiques de fait en Hongrie, comme celui des tickets-restaurants, ne peut que favoriser la concurrence et les intérêts nationaux.  Au lieu de cela, les vingt dernières années ont été une période triste pour la Hongrie pendant lesquelles le salaire moyen est tombé de 50% de la moyenne européenne à 20% de celle-ci aujourd’hui.  Cet appauvrissement de la population a été tout simplement au profit des grandes entreprises transnationales et allemandes.

Michel Pinton, qui est intervenu en dernier, a rappelé combien il avait été impliqué dans l’élargissement de l’Union européenne pendant son mandat au Parlement européen. Il a critiqué la façon dont les pays de l’Europe occidentale sont partis du préjugé qu’ils avaient tous à apprendre aux Européens de l’Est alors que, selon lui, c’est plutôt le contraire. L’Union européenne se trouve actuellement dans une crise profonde et il faudrait l’expérience nationale des pays de l’Est, qui ont survécu aux plus dures des épreuves, pour s’en sortir.

Voici le texte de l’allocution d’introduction prononcée par Natalia Narotchnitskaïa, présidente de l’IDC:

Natalia NAROTCHNITSKAÏA

Allocution d’introduction

“La Hongrie, sa nouvelle constitution, et l’Europe”

IDC, 14 mai 2012

Mesdames et Messieurs,

Je vous souhaite la bienvenue à l’Institut de la démocratie et de la coopération. Nous avons eu l’honneur, en avril, de recevoir Vaclav Klaus, président de la République tchèque, qui est venu à Paris présenter son ouvrage sur l’Union européenne. Aujourd’hui, nous poursuivons nos discussions sur l’Union européenne, et toujours avec référence aux pays de l’Europe centrale, en parlant de “La Hongrie, sa constitution, et l’Europe”.

Il est bien connu que la Hongrie a joué un rôle clé dans l’histoire de la guerre froide et notamment dans la fin de celle-ci.  En effet, ce fut en août 1989 que les autorités hongroises ont décidé d’ouvrir la frontière avec l’Autriche, ce qui a permis la libre circulation des citoyens des pays du bloc de l’Est en Occident. Ce qu’on appelle la chute du mur de Berlin, qui est intervenue dans la nuit du 9 novembre 1989, n’était que la conclusion inévitable de la décision qui avait été prise trois mois auparavant par la Hongrie encore communiste.

A cette époque-là, un rôle déterminant a été joué par un jeune homme – diplômé d’Oxford – qui avait tenu des discours très remarqués en publique sur les valeurs nationales hongroises. Viktor Orban était destiné à un avenir prometteur. Son parti politique dont le logo était inspiré par un célèbre film satirique de 1969, “Une orange hongroise” (“Magyar Narancs”), a eu très tôt un soutien populaire considérable. Premier ministre pendant un mandat dans les années 90, Orban a passé de longues années en opposition avant d’être réélu premier ministre en 2010 avec une grande majorité au Parlement. C’est alors que la Hongrie décide de se doter d’une nouvelle constitution car, seule parmi les pays de l’ancien Pacte de Varsovie, elle ne l’avait pas fait dans la foulée de la chute du régime communiste.  La constitution qu’elle vient de remplacer, datait de 1949, sous des circonstances qui étaient peu propices à la démocratie.

Or, ironie de l’histoire, c’est à ce moment-là que ses ennuis commencent avec l’Union européenne. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a invoqué le droit européen, matière dans laquelle la Commission qu’il préside n’a strictement aucune compétence, pour déclarer, en janvier, “Nous allons utiliser tous les moyens dont nous disposons pour faire en sorte que la Hongrie respecte les valeurs et principes européens” – valeurs et principes dont Monsieur Barroso s’érige évidemment en juge. L’Europe n’a-t-elle pas atteint le comble de l’absurde quand un fonctionnaire non élu qui préside un collège de commissaires, non élus eux aussi, dicte la pluie et le beau temps à un gouvernement élu qui, de plus, jouit d’un grand et incontestable soutien dans son propre pays? Peut-être est-ce parce que Viktor Orban défend non seulement le droit à l’autodétermination mais aussi les valeurs conservatrices. Dans un discours en mars, par exemple, il a évoqué le soutien qu’il a reçu de la part de “ceux qui insistent encore sur la souveraineté nationale et qui croient encore dans les vertus chrétiennes de courage, honneur, fidélité et miséricorde, valeurs qui ont fondé la grandeur de notre continent.”

Pour nous parler de ce différend aujourd’hui, nous avons le très grand honneur d’accueillir l’ambassadeur de la Hongrie en France, Dr. Lazslo TROCSANYI. Monsieur l’Ambassadeur, vous êtes vraiment la personne indiquée pour aborder ce sujet car vous n’êtes pas seulement un diplomate mais aussi, de profession, professeur de droit constitutionnel à l’Université de Szeged et un ancien juge à la Cour constitutionnelle de Hongrie. Nous vous remercions bien vivement de votre présence.

Votre intervention sera suivie par celle de notre amie et collègue, Professeur Lyubov Shishelina, professeur à l’Université des Sciences Humaines à Moscou et chercheuse à l’Académie des sciences, et ensuite par celle du professeur Magdolna Csath, professeur d’économie et chef du Département des Sciences appliquées à l’Université Janos Kodolanyi à Szekesfehervar.

Pour clore de débat, nous sommes très heureux d’avoir comme intervenant Michel Pinton, ancien député européen, ancien co-fondateur avec Valéry Giscard d’Estaing de l’UDF, spécialiste de sondages et de campagnes électorales, auteur de nombreux ouvrages, et ancien maire de Felletin.

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