L’Eglise et la possibilité d’un recentrage

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Sous Benoît XVI, l’habitude avait été prise, dans les rangs catholiques conservateurs, de reléguer la forme la plus progressiste du catholicisme au rayon des antiquités : selon eux, c’était une vision périmée d’un illusoire printemps de l’Eglise que certains dinosaures entretenaient dans les années 1970, qui n’aurait aucune incidence sur les jeunes catholiques pratiquant sérieusement leur foi…

Le pontificat de François représente une période difficile pour cet espoir : l’élection de ce pape étonnamment réformiste par des cardinaux plutôt conservateurs a changé la donne. Certaines questions supposément réglées par les papes précédents, ont été largement rouvertes.

La faculté de célébrer la messe traditionnelle donnée, puis reprise ; le retour sur le devant de la scène des théories théologiques les plus progressistes ; des évêques tournant au gré du vent romain : « il semble que le catholicisme libéral ait seulement hiberné dans l’attente d’un nouveau pape », estime Ross Douthat dans un article du New York Times (NYT) le 8 mai 2024.

Ross Douthat appartient à la génération montante d’essayistes conservateurs considérés outre-Atlantique, et même en Europe : son dernier ouvrage a été publié en France sous le titre Bienvenue dans la décadence : quand l’Occident est victime de son succès. L’auteur y explore quatre domaines d’enlisement civilisationnel occidental : économique, démographique, technologique et spirituel.

L’éditorialiste du NYT – s’appuyant sur des conversations avec des sources bien informées, à Rome et aux Etats-Unis – avance l’idée que la vague conservatrice est bien de retour dans l’Eglise. Une rumeur se propage : « le catholicisme progressiste n’aurait plus de réelle viabilité à long terme ». La perspective d’un « pape libéral, jeune et ambitieux », se serait éclipsée un peu partout.

Un élan conservateur qui, aux yeux du chroniqueur du Times, vient d’une triple relecture de l’actuel pontificat. Un premier sentiment prédomine : « le réformisme a clairement atteint ses limites ». Fiducia supplicans a été rejetée par de nombreux évêques, et le « document sur la dignité de la personne humaine est considéré comme une preuve de l’épuisement » actuel du progressisme.

Ensuite, il se dit ouvertement au sein de la hiérarchie que « la gouvernance du pontife argentin lui aurait aliéné un nombre croissant de haut prélats », peu enclins à élire un « François II ». Le journaliste Damian Thompson – cité par NYT – explique dans UnHerd, que les cardinaux seraient prêts à élire un pape conservateur afin d’en finir « avec le jeu de massacre actuel », selon ses termes.

Dernier élément : « l’effet François », tant vanté par la presse internationale, « n’a jamais eu lieu ». Nul ne constate une vague de retour à l’unité de l’Eglise de catholiques ayant précédemment tourné le dos à l’institution, ni d’élan au niveau des vocations religieuses et sacerdotales, pas plus que de revitalisation des structures catholiques.

Au lieu de cela, Ross Douthat estime que, depuis le début de l’actuel pontificat, « le déclin de l’Eglise dans le monde n’a pas cessé et s’est même accéléré, ce qui permet aux courants catholiques les plus conservateurs de se poser en rempart contre la sécularisation », et d’incarner ainsi le seul avenir valable d’une Eglise qui veut encore exister dans les décennies à venir.

Une analyse similaire, publiée le 30 avril 2024 par l’Associated Press, est amenée en soutien : Tim Sullivan, dans un article au titre évocateur Un pas en arrière dans le temps, avance que le catholicisme américain serait susceptible de devenir plus « traditionnel » à mesure que les baby-boomers, dont la génération est largement responsable d’un certain laisser-aller au sein du catholicisme, passent de vie à trépas.

L’ouvrage Vers l’implosion ? publié en France en 2022 aux éditions du Seuil et écrit par deux sociologues de tendance progressiste, va dans le même sens et s’achève sur la crainte, voire l’angoisse, de réaliser que le réformisme conciliaire pourrait avoir vécu et que des courants plus traditionnels pourraient prendre les rênes de l’Eglise en main.

L’auteur conclut en estimant que les tendances opposées, progressiste et conservatrice, ne sont pas vouées à disparaître, « englouties dans l’élection d’un pape » hypothétiquement plus traditionnel : il estime au contraire que les deux tendances, même si l’une prenne l’ascendant sur l’autre pendant un pontificat, persisteront, car leurs causes sont toujours présentes.

Cette analyse « sociologique » du catholicisme actuel est intéressante, cependant, il ne faut pas oublier que « l’homme propose, mais Dieu dispose ». La providence veille sur son Eglise. Et elle demande à chacun de combattre à son poste pour le triomphe du Christ Roi, par delà les tendances et les faiblesses humaines.

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