La théologie du corps : une pastorale à risques

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Abbé Claude Barthe

Alors que le concile Vatican II avait ouvert une brèche libérale dans l’ecclésiologie, l’encyclique Humanæ vitæ de Paul VI du 25 juillet 1968 se porta en défense de la morale traditionnelle concernant l’usage du mariage. Elle souleva de ce fait une opposition en tempête parmi les théologiens et les épiscopats du monde. Contre ce dissensus, une défense de la doctrine du mariage se développa à nouveaux frais, c’est-à-dire en cherchant à la rendre acceptable par le monde actuel en tournant à son profit l’exaltation contemporaine du corps et de la sexualité. Non sans risques.

Rappel sur les trois biens du mariage

Il convient, pour bien fixer les idées en ce domaine, de se reporter à la synthèse thomiste, laquelle, comme toute la grande tradition médiévale, dépend de l’établissement par saint Augustin, contre les manichéens, de la doctrine des trois biens du mariage : proles, fides, sacramentum, les enfants, la fidélité (la foi donnée pour l’union des corps), le sacrement[1].

Or, contrairement aux affirmations aujourd’hui répétées, cette synthèse – certes exigeante par le simple fait qu’elle a une visée vertueuse – est tout le contraire de « négative ». Le bien primaire, au sens de fondamental, du mariage humain, institution naturelle élevée par Jésus-Christ à la dignité de sacrement, est dans les enfants, leur engendrement continué dans leur éducation, qui spécifie l’humanité de l’institution, comme l’explique saint Thomas dans la Somme contre les Gentils[2]. Il y a une « ordination objective du mariage à sa fin première, qui est contenue dans sa nature », dira la Rote romaine dans un jugement particulièrement important, du 22 janvier 1944[3].

Dans son commentaire de la 1ère épître de saint Paul aux Corinthiens, 7, 2 (« Mais à cause de la fornication, que chaque homme ait son épouse, et chaque femme son mari »)[4], saint Thomas montre que les deux premiers biens, tout naturels qu’ils puissent être dans les mariages non sacramentels des non-chrétiens, sont ordonnés, le premier – la génération – à la vertu de religion, puisqu’il s’agit de se prêter à l’œuvre créatrice de Dieu et de lui donner des enfants pour sa louange, et le second à la vertu de justice (Suppl. q. 41 a. 4). Dans le mariage chrétien, l’échange des consentements est le sacramentum, représentation de l’union du Christ avec son Église (Éphésiens 5, 32). La grâce sanctifie la procréation et donne à la l’union des époux une valeur d’indissolubilité sacrée : on ne peut davantage séparer un époux de sa femme que le Christ de son unique Épouse.

C’est peut-être dans la Somme contre les Gentils, au l 4, c 78, que se trouve le plus beau texte thomiste sur la question. Il y est rappelé que la res, la réalité sacrée ou grâce signifiée par le signe sacramentel du mariage (à savoir, le consentement des époux) est la participation à l’union du Christ et de l’Église, grâce médicinale d’autant plus importante que les réalités charnelles et terrestres du mariage ne les détachent pas du Christ et de l’Église.

L’union charnelle est bonne (et donc méritoire), si elle n’est pas désordonnée (Suppl. q. 41 a. 4), sans pour autant être indispensable pour qu’existe l’union essentielle du mariage[5]. C’est le sacrement qui sanctifie l’union charnelle et non l’union charnelle qui conditionne le sacrement.

La théologie du corps de Jean-Paul II

Toute la revendication libérale dans l’Église concernant le mariage, à partir des années soixante du siècle dernier, avait précisément consisté, à l’inverse, à valoriser l’union charnelle des époux en elle-même, déconnectée de la fin de procréation, pour légitimer la contraception, stérilisation de la femme en vue de rendre impossible la procréation, ce qui avait été condamné par Pie XII en 1958[6] et le fut dans Humanæ vitæ en 1968[7].

Jean-Paul II prit le relais et fut sans conteste le grand défenseur d’Humanæ vitæ et plus largement du mariage et de la famille. Mais au lieu d’insister sur l’argumentation essentielle de l’encyclique – la contraception est une violation de la loi naturelle –, estimée peu compréhensible par les mentalités contemporaines, il préféra une démonstration anthropologique dans la perspective personnaliste qui était la sienne, développée autour de l’affirmation de la personne comme sujet et non comme objet dont on se sert pour des fins personnelles.

Dans cette vue, il développa une « théologie du corps », déjà présente dans son ouvrage, Amour et responsabilité[8]tout au long des catéchèses du mercredi consacrées au thème du mariage et de la sexualité du 5 septembre 1979 au 28 novembre 1984[9].

L’union entre l’homme et la femme au sein de la communion d’amour qu’ils se portent est principalement l’image de Dieu dans l’humanité depuis l’origine, miroir de la communion d’amour entre les personnes divines : « Cela […] constitue même l’aspect théologique le plus profond de tout ce que l’on peut dire sur l’homme » (Tdc, p. 167). Affirmation qui représente une nouveauté considérable, dans la mesure où ce n’est plus seulement par son âme spirituelle que l’homme est dit à strictement parler image de Dieu, comme l’exposait par exemple saint Thomas (Somme théologique, 1a q. 93, a. 6). « L’homme, poursuit Jean-Paul II, est devenu image et ressemblance de Dieu non seulement à travers sa propre humanité mais aussi à travers la communion des personnes que l’homme et la femme constituent dès le début » (toujours Tdc, p.167, soulignement de Jean-Paul II).

Dès lors, le mariage est un « sacrement primordial », qui exprime de manière privilégiée l’être trinitaire de Dieu (Tdc, p. 471). Et cette valorisation se focalise sur l’union corporelle, l’homme étant créé comme don exprime ce qu’il est par le don sponsal (Tdc, p. 185) : « L’union sponsale de l’homme et de la femme par le corps est le signe originel et effectif par lequel la sainteté est entrée dans le monde[10]. »

Par ce détour anthropologique, Jean-Paul II retrouvait la condamnation de la concupiscence, de l’adultère, et de la contraception, de même qu’une défense de la pureté, mais avec une manière de s’exprimer qui n’était pas limpide : « La transposition des moyens artificiels rompt la dimension constitutive de la personne, prive l’homme de la subjectivité qui lui est propre et fait de lui un objet de manipulation » (Tdc, p. 554, souligné par Jean-Paul II).

Quoi qu’il en soit, cette théologie, rappelant le non de l’Église à la contraception, est décriée comme « irréaliste » par les contempteurs de la morale traditionnelle[11], ce qui est à mettre à son crédit. Il reste qu’elle peut paraître imprudente dans la mesure où elle sacralise des plaisirs corporels, de soi inférieurs aux plaisirs spirituels et intellectuels, mais plus véhéments (saint Thomas, ST, Ia IIæ, q. 31, a. 5). Et surtout son personnalisme appuyé minimise concrètement le fait que la fonction reproductrice de l’homme est uniquement destinée à la vie terrestre (« Car, à la résurrection, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel », Matt. 22, 30), cette fonction ordonnant les époux au service de la Cité qu’ils perpétuent. Le plus gênant dans les développements de Jean-Paul II étant peut-être le fait qu’il ne donne pas l’appellation spécifique d’« état de perfection » à la virginité consacrée, mais plus largement à la réunion des trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance en vue de la perfection (Tdc, p. 405).

Les risques que cette théologie comportait vont s’accentuer chez ceux qui vont ensuite traiter de ce thème, perdant notamment pour certains la pudeur chrétienne nécessaire en cette matière dans laquelle se manifeste fortement la blessure de la nature humaine. On a l’impression que la littérature concernant la théologie du corps, qui vise un public catho-modéré attaché aux valeurs de la famille chrétienne, s’est donné pour mission de désinhiber ce public censé marqué par une morale « janséniste ».

Hypertrophie du corps et de la sexualité

Yves Semen, huit enfants, par son ouvrage La sexualité selon Jean-Paul II[12], véritable vulgate pour les préparations au mariage de tendance classique, voire traditionnelles est devenu commentateur – et amplificateur – quasi officiel en France de la théologie du corps de Jean-Paul II. La théologie du corps wojtylienne a, selon lui, a ouvert une véritable révolution en ce domaine, permettant de défendre l’Église contre les critiques qui la présentent comme hostile à l’épanouissement sexuel et de la dédouaner de sa fâcheuse réputation de mépris du corps.

La thèse qui ressort de son ouvrage, dont il importe de relever des points très positifs[13], peut se résumer en cinq points, qui sont autant de développements des discours de Jean-Paul II :

1°/ À l’origine, l’homme est devenu image et ressemblance de Dieu trinitaire par la communion, spécialement sexuelle, entre homme et femme, car « le sexe, avec tout ce qu’il signifie, n’est pas un attribut accidentel de la personne ». Certes, il s’agit pour Y. Semen de critiquer la puissante et influente idéologie du « genre », qui voudrait que les différences sexuelles et les rôles divers qu’elles conditionnent soient le produit des cultures et de leurs évolutions. Par ailleurs, il n’est pas question de nier que la marque de la Trinité créatrice, selon un grand thème augustinien, se retrouve dans l’ensemble de la création. Le couple humain est donc un des exemples de ces « vestiges », important il est vrai, puisque ordonné à la continuation de la création, la procréation, mais pas imago de Dieu pur esprit à la manière de l’âme spirituelle. La perspective personnaliste d’Y. Semen faisant écho à celle de Jean-Paul II, dans une métaphysique du don pour laquelle l’action donatrice spécifie l’être et non l’inverse, et fait que l’on est par le don, que l’on existe par la communion. Et ce don est permis par « la différence sexuelle [qui] nous constitue comme personne en nous permettant la complémentarité nécessaire au don de nous-mêmes » (pp. 95, 96).

2°/ De sorte que l’inversion des fins du mariage est clairement affirmée : le corps sexué n’est pas ordonné comme tel, d’abord à la procréation, mais à la communion entre personnes, la fécondité qui en résulte étant une « surabondance de l’amour » : « Le corps humain avec son sexe et par son sexe est fait pour la communion des personnes. Le fruit de cette communion, comme son rayonnement, est la fécondité en une autre personne, mais on ne peut pas, sans trahir le sens de la vocation conjugale du corps, réduire la sexualité à la fonction procréative : ce qui est premier c’est la communion ; la procréation est seconde, car elle est fruit de la communion. En ce sens elle est le gage de la vérité de la communion » (pp. 109-110). On note – outre l’optimisme qui postule qu’en tout mariage il y a amour de communion – le sophisme qui transforme une priorité instrumentale en une priorité essentielle en affirmant que, puisque l’union charnelle précède la procréation, c’est qu’elle est première. La communion d’abord corporelle agit à la manière d’un sacrement, en ce qu’elle signifie et produit la communion spirituelle. Quid alors du mariage de Marie et Joseph ?

3°/ L’« érotisme sacré » du Cantique des cantiques serait une confirmation de cette thèse, selon un thème qui a eu une grande vogue dans les prédications de mariage. En fait, toute la tradition interprétative traditionnelle avait insisté sur le sens symbolique du texte, au point de faire de la métaphore du mariage d’Israël avec son Dieu le sens littéral de ce livre, le sens spirituel ou allégorique se trouvant dans le fait que ce mariage mystique d’Israël est lui-même figure des épousailles du Christ et de l’Église ou du Christ avec l’âme chrétienne. Au contraire, pour Yves Semen, le sens littéral est bien charnel, érotique même, précisant qu’il s’agit d’érotisme « au sens profond du terme, extrême, et en même temps, d’une pureté totale » (p. 105).

4/ De sorte que les péchés commis dans le mariage le sont par oubli du don. Le péché est défini en ce domaine comme une dissociation entre la sexualité et l’aspiration au don. D’où cette symétrie erronée : comme il y a péché dans l’usage du mariage réduit à la seule jouissance hédoniste, il y aurait péché dans l’usage du mariage réduit à la simple utilité de la procréation. Et aussi : « Si on a souvent insisté sur la proscription de tous les actes qui visent à exclure la signification procréative, on a peut-être omis de dénoncer de la même manière et en vertu de la même norme éthique les actes qui portent atteinte à la signification unitive » (p. 197, c’est nous qui soulignons). Et il y aurait « adultère » aussi bien dans la convoitise de la femme d’autrui, que dans la convoitise envers sa propre femme dans l’union sans communion[14].

5/ Avec, de facto, une minoration de la vocation à la virginité consacrée, qu’Yves Semen ne sait trop comment spécifier. Certes, il souligne, à juste titre, que la virginité consacrée est une nuptialité prophétique, anticipant ce que le mariage représente. Mais comme il survalorise l’union charnelle dans la qualification de la communion entre époux, c’est finalement l’union charnelle qui est sublimée dans la communion des saints en Dieu, et non pas la communion spirituelle entre époux.

La catho-sexologie

Cette sublimation catholique de l’union charnelle, devient triviale en d’autres ouvrages. Ni le titre, ni le contenu de celui d’Olivier Florant et Denis Sonet, Ne gâchez pas votre plaisir, il est sacré. Pour une liturgie de l’orgasme[15]ne s’embarrassent de décente discrétionUne liturgie : dans un entretien organisé par Benjamin Coste dans Famille chrétienne, 27 mai 2006, « Couples, ne gâchez pas votre plaisir », pour Olivier et Marie-Noëlle Florant, cinq enfants, qui ont fondé le site Chrétiens avec vous, sexologues pour vous, ces derniers comparent la relation conjugale à la messe, ce qui est tout de même très réducteur pour le sacrifice eucharistique.

Évoquons au passage, bien qu’il traite de sexualité sans référence à la théologie du corps, le livre d’entretien de Mgr Emmanuel Gobilliard, aujourd’hui évêque de Digne, et de Thérèse Hargot, sexologue « catholique », Aime et ce que tu veux, fais-le ![16]. Thérèse Hargot, qui fut proche de la Manif pour Tous et qui développe, il est vrai, des thèmes intéressants (par exemple son opposition à la pilule contraceptive et sa plaidoirie en faveur des « méthodes naturelles », pp. 168 et s.), considère la problématique morale du permis et du défendu comme un carcan : « Écrire dans le catéchisme [le CEC] que la masturbation est “un acte intrinsèquement et gravement désordonné” […] c’est moraliser une découverte normale et même nécessaire pour se donner à l’autre. »

Mais l’immodestie atteint des sommets, si l’on peut dire, avec Fabrice Hadjadj, dix enfants, philosophe très inséré au sein monde catholique classique et même traditionnel, dans son essai : La profondeur des sexes. Pour une mystique de la chair[17]. Une critique de cet ouvrage est faite par Catherine Énisa dans Une mystification des catholiques fidèles[18]dont elle donne un résumé sur Riposte catholique (Comment l’Immoralisme s’infiltre chez les catholiques : la « mystique de la chair » de Fabrice Hadjadj). La crudité appuyée et assumée sur un mode humoristique passe toute frontière puisque, comme le dit Catherine Énisa, cette « mystique de la chair » va jusqu’à une érotisation blasphématoire du mystère de l’Incarnation et de celui de la Vierge MarieFabrice Hadjadj reprend en outre, en des termes dont nous faisons grâce au lecteur, la thèse de Jean-Paul II et d’Yves Semen sur la communion mari/femme image de Dieu : « Sans doute l’âme d’abord est-elle à l’image de Dieu, mais il faut en conséquence que le corps le soit aussi, puisqu’elle en est la forme (p. 271). » De là l’image de la Trinité dans la configuration corporelle de l’homme et de la femme pour la continuation de l’espèce, d’où naît un troisième (p. 273).

On peut appliquer à cette littérature dont nous ne donnons ici qu’un aperçu les paroles de Pie XII, dans le discours aux sages-femmes du 29 octobre 1951 : « Hélas ! des vagues incessantes d’hédonisme envahissent le monde et menacent de submerger dans la marée croissante des pensées, des désirs et des actes toute la vie conjugale, non sans créer de sérieux dangers et un grave dommage pour la fonction première des époux. Cet hédonisme antichrétien, trop souvent, on ne rougit pas de l’ériger en doctrine, […] comme si, dans les rapports conjugaux, toute la loi morale se réduisait à l’accomplissement régulier de cet acte, et comme si tout le reste, de quelque façon qu’on le fasse, se trouvait justifié par l’effusion de l’amour mutuel, sanctifié par le sacrement de mariage, digne de louange et de récompense devant Dieu et la conscience. »

« Créer un climat favorable à l’éducation de la chasteté »

Il convient assurément, aujourd’hui plus que jamais, que la prédication chrétienne sur le mariage et sa préparation insiste sur sa sainteté, qui ne peut briller qu’au sein d’une éducation à la chasteté et à la pudeur, auxquelles saint Paul adjurait ses chrétiens : « Qu’on n’entende [entre vous] ni paroles déshonnêtes, ni propos insensés, ni plaisanteries, choses qui sont contraires à la bienséance » (Éphésiens 5 4). Humanæ vitæ, ce document qui résonne dans le post-Concile comme un document « d’avant », rappelle justement l’attention « des éducateurs et de tous ceux qui ont des tâches de responsabilité pour le bien commun de la société sur la nécessité de créer un climat favorable à l’éducation à la chasteté, c’est-à-dire au triomphe de la saine liberté sur la licence par le respect de l’ordre moral. »

Il convient aussi de développer le thème de saint Thomas, tirant en quelque sorte la signification du mariage vers celle de la virginité, dans son commentaire de la 1ère épître aux Corinthiens (7, 29-31), pour expliquer qu’il faut replacer en permanence toutes choses dans l’ordre voulu par Dieu : tous, même les époux, sont appelés à vivre, en quelque sorte virginalement, « car elle passe la figure de ce monde », c’est-à-dire qu’ils ont à pleinement assumer tous les devoirs conjugaux, dans le seul dessein d’honorer Dieu[19].

C’est ce que fait le P. Serafino Lanzetta dans son livre, Semper Virgo. La verginità di Maria come forma[20]dont l’édition française paraîtra chez Via Romana au mois de mai de cette année 2024. Il y insiste sur le fait que le plus haut degré de cette configuration que doit réaliser tout chrétien à la forme mariale est en premier celle des personnes consacrées ou des clercs voués au célibat, qui « suivent l’Agneau là où il va » (Ap 14, 4), mais qu’elle existe aussi très réellement chez les époux et épouses chrétiennes, dont l’état dans le mariage est en quelque sorte élevé par l’état de virginité consacrée. Contre ceux qui « exaltent tellement le mariage au point de le préférer même à la virginité, et déprécient, à cause de cela, la chasteté consacrée à Dieu et le célibat ecclésiastique » (Pie XII, Sacra virginitas, 25 mars 1954), le P. Lanzetta réaffirme ainsi la valeur supérieure de la virginité religieuse et de la chasteté parfaite pour le service Dieu, car l’état de perfection est spirituellement moteur pour l’état commun du mariage.

C’est peu dire qu’une revalorisation de la virginité consacrée est pastoralement urgente. Pie XII remarquait dans la même encyclique Sacra virginitas, qu’elle représentait un accomplissement plus parfait, bien qu’il ne soit pas sacramentel d’Éphésiens 5, 25-30 (le mariage symbolise l’union du Christ et de l’Église) : « Les vierges manifestent et rendent comme publique la parfaite virginité de leur mère l’Église elle-même et la sainteté de son étroite union avec le Christ. C’est pour cela que, très sagement, ont été écrites les paroles dont se sert le pontife en suivant le rite de la consécration des vierges et en suppliant Dieu en ces termes : “Afin qu’il y ait des âmes plus sublimes, qui, dans l’union de l’homme et de la femme, dédaignent la réalité charnelle pour désirer le mystère qu’elle représente, et au lieu d’imiter ce qui se pratique dans le mariage, aspirent à ce qu’il symbolise”. »

Abbé Claude Barthe


[1] « À coup sûr, ce n’est pas seulement la fécondité, dont le fruit est l’enfant, ni seulement la pudicité, dont le lien est la fidélité, c’est encore un certain sacrement du mariage qui est confié aux fidèles mariés. » (saint Augustin, De nuptiis et concupiscentia, Desclée de Brouwer, 1974, p. 79).

[2] l 3, c. 122, repris dans Supplément à la Somme théologique, q. 41, a. 1, ad 1.

[3] Dans Le Mariage, Les enseignements pontificaux, Desclée, 1960, p. 4*.

[4] Commentaire de la première épître aux Corinthiens, traduction Jean-Éric Stroobant de Saint-Éloi, Cerf, 2002, p. 212 – Et aussi : Suppl. q. 49 a. 2.

[5] L’« être » du mariage est parfait dès l’échange des consentements sans même son « opération », à savoir son usage charnel (Suppl q. 42, a. 4 ),  Certes, un mariage non consommé pourrait être dissous par l’Église, mais un mariage vécu dans la virginité, comme celui de Marie et Joseph, aussi exceptionnel qu’il soit, est un vrai mariage.

[6] Par « emploi de médicaments [ayant] pour but d’empêcher la conception en empêchant l’ovulation » (discours du 12 septembre 1958).

[7] « Est pareillement à exclure, comme le Magistère de l’Église l’a plusieurs fois déclaré, la stérilisation directe, qu’elle soit perpétuelle ou temporaire, tant chez l’homme que chez la femme. »

[8] Paru en Pologne en 1960 – Parole et Silence, 2014.

[9] Elles sont introduites et regroupées par Yves Semen dans Jean-Paul II. La théologie du corps (Cerf, 2014). Ouvrage référencé Tdc dans la suite du texte.

[10] Yves Semen, dans Jean-Paul II. La théologie du corps, op. cit., Introduction, p. 25.

[11] Élodie Maurot,  « La “théologie du corps” de Jean-Paul II, une vision de la sexualité audacieuse mais idéalisée », La Croix, 23 mars 2023.

[12] Presses de la Renaissance, 2004, Abeille-Plon 2020. Les références sont ici données dans l’édition de 2004.

[13] Par exemple, Yves Semen n’hésite pas à rappeler que l’usage systématique du mariage dans les périodes non fécondes peut devenir illicite pour les époux s’il est motivé par le refus égoïste de donner la vie sans raison proportionnée (La sexualité selon Jean-Paul II, op. cit., p. 198).

[14] Référence est fait par Y. Semen à l’audience du 8 octobre 1980, dont il accentue au maximum les propos en affirmant que l’essence de l’adultère est dans le caractère du désir et non pas dans le fait que ce désir porte sur la femme d’autrui. La sexualité selon Jean-Paul II, éd. 2004, op. cit., pp. 146-147.

[15] Presses de la Renaissance, 2006.

[16] Albin Michel, 2018.

[17] Seuil, 2008, réédition Points 2014.

[18] Presses de la Délivrance, 2024.

[19] Commentaire de la première épître aux Corinthiens, op. cit., p. 240.

[20] Casa Mariana Editrice, 2019.

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