Emmanuele Barbieri et Roberto de Mattei dévoilent le vrai nom de l’auteur des écrits attribués à Mgr Viganò - Corrispondenza romana
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Emmanuele Barbieri et Roberto de Mattei dévoilent le vrai nom de l’auteur des écrits attribués à Mgr Viganò

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Qui est le véritable auteur des écrits de l’archevêque Carlo Maria Viganò dans les années 2020-2021 ? Essayons d’offrir une réponse à la question que nous avons posée dans cet article du 21 juin 2021 en partant d’une méthode sûre : l’analyse et la comparaison des écrits avec les textes d’autres auteurs que l’on peut trouver sur le web. Ce que l’on appelle dans le jargon scientifique la recherche stylométrique.

Eh bien, l’analyse des éléments lexicaux et stylistiques nous conduit à un seul auteur possible : “Cesare Baronio“, ou “Baronius“, créateur et auteur, de 2010 à 2020, du blog Opportune Importune. Toutefois, “Cesare Baronio” est lui-même un pseudonyme et l’étape suivante consiste à essayer de révéler son identité. Nous avons mené une analyse approfondie des assonances de style et de contenu entre les textes de Baronio et ce que nous appellerons, à partir de maintenant, Viganò II, afin de distinguer ses écrits de 2020-2021 des écrits très différents de Viganò I, des années 2018-2019. Nous nous limitons, pour des raisons d’espace, à quelques exemples.

Baronius et Viganò II ont en commun d’attribuer aux progressistes les termes de “contre-église”, “secte conciliaire” ou “innovateurs”. Le Conseil Vatican II est défini à plusieurs reprises par les deux parties comme une “idole”. Pour Baronius, tant que “l’idole du Concile n’est pas démolie, ainsi que le souvenir peu glorieux de ses créateurs, il sera impossible de punir les grands prêtres qui assiègent Rome depuis cinquante ans.” (10 janvier 2013). Même Viganò II, dans sa récente Interview sur la Liturgie, appelle Vatican II une idole et, comme Baronio, établit une équation Vatican II – Novus Ordo Missae.

Baronio et Viganò II, lorsqu’ils se réfèrent au Novus Ordo de Paul VI, parlent toujours de “rite réformé” ou de “rite montinien”. Viganò II écrit que ” les architectes de cette liturgie ” étaient ” des prélats souvent soupçonnés d’appartenir à la franc-maçonnerie, notoirement progressistes ” (Baronius parle à son tour d’” un rite composé de prélats notoirement progressistes et de francs-maçons ” (25 novembre 2018).


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Les livres de la nouvelle liturgie, pour Baronius sont ” des missels imprimés dont la fonction était celle d’un canevas auquel se référer pour les éditions dans les différentes langues nationales ” (15 janvier 2013). Pour Viganò II, ces livres liturgiques ” sont pensés comme un brouillon, une toile à la merci d’acteurs plus ou moins talentueux en quête d’acclamation publique “.

Pour Baronius, ” l’offertoire disparaît totalement pour laisser place à une prière judaïque de saveur panthéiste ” (25 novembre 2018) ; Viganò II appelle cette prière un ” offertoire talmudique “.

Selon Viganò, “la soi-disant “chasuble gothique”, dans les formes qui ont précédé le Concile, surtout en France, est devenue cette sorte de poncho qui, après le Concile, nous a été présentée comme une récupération de la forme originale”, mais il s’agit d’une “fausseté historique et liturgique”. Baronius l’avait écrit : “la chasuble conciliaire est un poncho hideux qui n’a rien à voir avec la planeta décrite par saint Charles Borromée (Instructionum fabricae, 1557), que l’on retrouve représentée dans de très nombreuses fresques, peintures, miniatures et émaux depuis le Moyen Âge” (11 janvier 2014).


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Viganò dénonce “les tentatives de rendre la liturgie réformée présentable par des opérations de maquillage objectivement inutiles”. Baronius écrit que les ” opérations de maquillage rituel au Novus Ordo sont, à notre avis, destinées dans la plupart des cas au naufrage le plus malheureux ” (15 janvier 2013).

On pourrait continuer ainsi, mais ce qui compte le plus, au-delà des coïncidences verbales, c’est le même ton, qui exprime une connaissance liturgique, théologique et historique suffisante, dont Baronius fait étalage depuis dix ans dans son blog, mais qui est totalement absent des deux années d’interventions publiques de Viganò I.

Mais qui se cache derrière le pseudonyme de Cesare Baronio (1538-1607), le célèbre cardinal et historien oratorien, élève de Saint Filippo Neri ?


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On pourrait dire que la solution du mystère importe peu, car ce qui compte n’est pas “qui” l’a dit, mais “ce” qui est dit. Le problème, cependant, vient précisément de certaines déclarations extravagantes de Baronio-Viganò II, notamment sur le thème de l’eschatologie et du “Great Reset”, qui soulèvent des questions troublantes sur la véritable identité du consultant théologico-liturgique de l’archevêque milanais. Malheureusement, derrière le pseudonyme de Cesare Baronio semble se cacher, non pas un théologien à la doctrine sûre, mais un personnage non dépourvu d’intelligence et de culture ecclésiastique, mais manquant de cette cohérence et de cette intégrité qui rendent un collaborateur fiable. Un personnage qui dans sa vie a assumé et continue d’assumer de multiples identités et qui avec la dernière identité assumée, celle de l’archevêque Viganò, réalise ce que peut-être il a toujours voulu : se présenter comme un homme d’Église, sans les obligations pastorales et morales que cette haute vocation comporte.

À ce stade, il suffit de nommer la personne, en utilisant non pas des rumeurs génériques mais des documents et des sources, que nous avons vérifiés : le nom du “plus éminent Cesare Baronio” est Pietro Siffi. Mais qui est-il ?  Nous devons commencer par une date précise. Le 8 mai 2020, Monseigneur Viganò a lancé un appel contre le “Nouvel Ordre Mondial”, dénonçant “la nouvelle tour de Babel, le château de cartes du Covid, la farce des vaccins, la fraude de la grande remise à zéro”, à laquelle les cardinaux Gerhard Müller Giuseppe Zen Zekiun et Robert Sarah, qui l’ont ensuite retirée, ont apposé leur signature. Cet appel a été le premier document à susciter de fortes interrogations dans le monde catholique qui lui est proche, au point de pousser certains de ses amis et admirateurs à ne pas le signer.

Ce que l’on sait depuis, c’est que Monseigneur Viganò s’est adressé à l’un de ses collaborateurs pour préparer la publication et la souscription de l’appel. En ce mois de mai, le collaborateur a envoyé à des groupes et à des personnalités du monde catholique un avis “IMPORTANT ET URGENT” dans lequel, “à la demande de Son Excellence Monseigneur Viganò”, il demandait des adhésions au document, à envoyer à son e-mail personnel. Eh bien, dans l’avis de mai 2020, le nom et l’e-mail du collaborateur de Monseigneur Viganò chargé de la collecte des signatures était celui de Pietro Siffi, une personne bien connue et discutée dans le monde traditionaliste italien.

Pietro Siffi est né à Venise le 11 septembre 1969. Il a reçu sa confirmation dans la paroisse de S. Zaccaria et Atanasio le 22 mai 1984. Après ses études au Lycée “Marco Foscarini” de Venise, il entre dans la Fraternité Sacerdotale de Saint Pie X où, le 1er février 1990, il reçoit sa Confirmation “sub conditione” au Séminaire “Saint-Curé-d’Ars” de Flavigny-sur-Ozerain (France). Deux jours plus tard, à Flavigny, il reçoit la tonsure, devenant ainsi membre de la FSSPX.  Mais après quelque temps, il a quitté, ou a été contraint de quitter, la Fraternité. Nous n’en connaissons pas les raisons, tout comme nous ne connaissons pas les raisons qui, quelques années plus tard, l’ont amené à quitter l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre de Gricigliano où il était entré (et sorti) comme séminariste. De 1990 à 1994, Siffi a fréquenté l’université de la Sorbonne (ici, donc, pendant un certain temps, ses traces sont perdues, même si quelqu’un croit qu’il est l’auteur d’un livre embarrassant publié sous un pseudonyme. Pietro Siffi a certainement continué à cultiver ses intérêts ecclésiastiques). En 2007, pour Marietti Editore, il a édité la réédition du Compendium of Practical Liturgy du Père Ludovico Trimeloni avec une préface du Cardinal Darío Castrillón Hoyos, Président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei.  Dans le Compendium de Trimeloni, Siffi se présente comme le président de l’Archivum Liturgicum de Ferrare. Le 14 mars 2007, sur le blog Archivum liturgicum, “Baronius” annonce que le Compendium de liturgie pratique sera bientôt publié, mais la première annonce de la publication de l’ouvrage date du 25 septembre 2006, et Siffi est présenté comme président de l’Archivum Liturgicum Sacrosanctae Romanae Ecclesiae

On annonce déjà que Benoît XVI libéralisera l’ancienne liturgie romaine. De toute évidence, Baronius/Siffi dispose de bonnes informations provenant du monde traditionnel et du Vatican et a publié en 2007 un livre sur la messe de saint Pie V.

Un article de Roberto Beretta, paru dans l’Avvenire du 25 janvier 2008, fait une critique tout sauf élogieuse de la troisième édition du Compendium de liturgie pratique de Trimeloni-Siffi, qui en est à sa deuxième réédition.

Avvenire du 29 janvier 2008 accueille la réponse de Siffi qui se présente comme “Pietro Siffi degli Ordelaffi conte di Sassorosso“. En effet, dans le Libro d’oro della nobiltà italiana (Livre d’or de la noblesse italienne) publié par le Collegio Araldico, éditions 1986-1989 et suivantes, il n’est fait mention d’aucun comte Siffi degli Ordelaffi. Siffi n’est pas seulement un écrivain et un liturgiste traditionaliste. C’est un entrepreneur. En 2010, il a créé “Ars Regia » à Ferrare, qu’il présente de manière “douce” et séduisante, comme “un studio de design d’intérieur spécialisé dans la proposition d’accessoires d’ameublement prestigieux et de textiles d’art exclusifs”. “Nos accessoires d’ameublement vous permettront de donner une touche d’élégance subtile et de charme à votre maison ou à un lieu à la mode, en se différenciant des propositions évidentes de grande diffusion et en leur donnant un confort résolument exclusif et glamour, où avec ce terme nous n’entendons pas la simple beauté mais une attitude, un sentiment, un état d’esprit, avec toutes les implications de l’élégance, de la sensualité et de la séduction. L’image de la mode, le charme cultivé et évocateur de l’Orient et de l’Inde, le luxe imaginatif et inimitable qui rappelle les lieux célèbres de la Côte d’Azur, de la Grèce, de l’Espagne ou de la Californie sont autant d’éléments qui peuvent améliorer radicalement l’aspect d’une résidence privée, d’un lieu en bord de mer ou d’un bar lounge : la passion de vivre et d’habiter, la chaleur domestique mais aussi la ferveur mondaine fantaisiste”.

Lors de la récitation de l’Angélus, le 10 octobre 2010, est apparu le nouveau blason papal de Benoît XVI, orné de la tiare selon l’ancienne coutume. Siffi, créateur des armoiries, commente : “Ces armoiries, entièrement brodées à la main, ont été réalisées par l’atelier de vêtements sacrés de Ferrare, Ars Regia, et reproduisent le bouclier avec les emblèmes du Pape et le Pallium orné de croix rouges. (…) La différence par rapport au modèle précédent – que certains attribuent au cardinal Montezemolo – est que ce blason porte à nouveau le triregnum – la triple couronne du Souverain Pontife – au lieu de la mitre, rétablissant l’usage ancien, auquel même Jean-Paul II n’avait pas renoncé”.

Lors de l’Angélus du 24 octobre 2010, les armoiries qui étaient mystérieusement apparues, ont tout aussi mystérieusement disparu. Voici le commentaire de Baronio, qui, comme beaucoup le savent, est le pseudonyme choisi par Pietro Siffi pour poursuivre, sur le nouveau blog Opportune Importune, inauguré en 2010, ses savantes discussions dans le domaine de la théologie et de la liturgie.

Baronio prend la défense de Pietro Siffi et d’Ars Regia, puis répond à certains avec un style pompeux et quelque peu efféminé : “Il me semble que Pietro Siffi fait l’objet d’une sorte d’ostracisme très hypocrite, alimenté non pas tant par les concurrents qui sont plus en vogue aujourd’hui, que par certains personnages mesquins, fades et démodés, qui passent leur temps à dénigrer la vie des autres, sans avoir la leur. (… ) Ce qui est déconcertant, c’est que ces conventions d’artistes de théâtre organisent des pontificaux au XVIe siècle, déroulant des mètres et des mètres de soie marbrée entre la salle à manger et la chambre à coucher, et n’hésitent pas à montrer même sur internet de tristes petites pièces débordant de dentelle, des salons médiocres des années vingt avec des édredons, des tapis, la photo de la bénédiction de Duodecimo, un chapeau de prélature avec des rubans de rideau, des broches, des boutons de manchette faits avec des camées de maman, des lunettes en or, des gramophones et tout le répertoire des amis de grand-mère Speranza.  (…) Je crois que tôt ou tard, Siffi ou qui que ce soit, se lassera de supporter ces attaques continuelles et commencera à rendre coup pour coup – comme on dit – en démystifiant une fois pour toutes ces monstres bourgeois sans art ni partie, aussi riches en ambitions snobs que pauvres en sens de la mesure. Et je suis sûr que s’ils découvraient certaines manigances, s’ils mettaient en lumière certaines vérités gênantes, peut-être cesseraient-ils d’ennuyer les gens…”.

En 2011, Siffi a fondé avec Fabio Zardi un atelier de planification et de décoration qui, en 2019, est divisé en deux entreprises : Fabio s’occupe de la conception florale et de la décoration, Pietro se consacre à la planification et à l’organisation d’événements, notamment de mariages. Siffi passe avec aisance des activités culturelles et littéraires à la liturgie, de l’ameublement sacré à l’organisation de mariages et c’est sur ce dernier terrain que l’on découvre une révélation déconcertante : le personnage aux multiples facettes organise aussi des mariages homosexuels ou, comme on dit dans le jargon, des “mariages gay” ! Sur le site de Pietro Siffi, on trouve, entre autres, le “Project tag : gay wedding” et le service du “mariage” de deux hommes, Arman et Dylan, sur l’île grecque de Santorin avec une vidéo. L’agence de voyage homosexuelle Travelgay définit Santorin comme “une île magnifique, chaleureuse et hospitalière située dans la mer Égée, après Mykonos sans doute la plus appréciée par le marché italien et beaucoup aimée aussi par le marché gay et lesbien”. Le partenaire ou ex-partenaire de Siffi, Fabio Zardi, est également impliqué dans les mariages homosexuels. Il est intéressant de noter que le numéro du “téléphone” de Zardi coïncide avec celui de Siffi.

L’écrivain fantôme de Monseigneur Viganò, l’archevêque qui a toujours dénoncé à juste titre l’existence de lobbies gay au sein de l’Eglise, est donc une personne gay-friendly ? Dans ce cas, Mgr Viganò, qui est un prélat très respectable, risque de perdre sa crédibilité et doit se rendre compte qu’il ne la regagnera que lorsqu’il changera le ton et le contenu de ses discours publics, qui ont été imprudemment confiés à un collaborateur controversé. Il n’est pas possible de séparer ce qui apparaît publiquement sous le nom de Monseigneur Viganò de l’identité de la personne qui semble être l’auteur de ses écrits.

À ce stade, nous demandons à Mgr Viganò : est-il vrai ou non qu’il a utilisé, en tout ou en partie, l’aide de Pietro Siffi ?  Monseigneur Viganò était-il au courant des nombreuses activités de Siffi ? Mais la question la plus importante que nous aimerions lui poser est la suivante : Monseigneur Viganò est-il prêt à prendre publiquement ses distances avec la personne qui, selon nous, pourrait être son écrivain fantôme ? Monseigneur Viganò est un homme peut être téméraire, mais certainement loyal. Nous lui demandons de dire la vérité, car la vérité rachète toute erreur, tandis que le mensonge charge l’erreur, même innocente, d’une grave responsabilité morale. 

En ce qui concerne Pietro Siffi, nous n’avons pas voulu entrer dans sa vie privée, qui n’appartient qu’à lui, mais nous nous sommes limités à faire connaître ce qui est publiquement connu de lui, même sous différentes identités et déguisements. Nous lui demandons également d’assumer sa responsabilité, en se mesurant avec son vrai nom, dans le débat intellectuel de notre temps, auquel il a donné et peut continuer à donner sa contribution.

Pour notre part, nous avons évolué dans le sillage des recommandations que saint Pie X donnait aux journalistes et que Léon XIII donnait aux historiens : l’Église n’a jamais peur de la Vérité.

Emmanuele Barbieri et Roberto de Mattei, le 23 juin 2021

Traduction par MPI

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