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A propos de Mgr Lefebvre, du Concile et de Mgr Schneider

Un article de Mgr Athanasius Schneider circule depuis quelques jours sur Internet concernant l’« interprétation du concile Vatican II et sa relation avec la crise actuelle de l’Eglise »[1]. Ce n’est pas la première fois, au cours de ces dernières années, que l’évêque auxiliaire d’Astana intervient sur ce sujet. Mais c’est bien la première fois qu’il affirme aussi explicitement que le concile Vatican II contient des propositions erronées (que certaines soient ambiguës, il l’avait déjà répété à maintes reprises) sur des thèmes importants de la doctrine catholique – l’œcuménisme, la collégialité, la liberté religieuse, les relations avec le monde moderne –, et qu’il identifie dans ces erreurs les prodromes de la crise présente. Il tente même dans l’article de faire une synthèse générale de sa pensée actuelle au sujet du Concile. L’événement ne peut laisser indifférent le monde traditionaliste. Qu’en penser ? Une comparaison avec les paroles et l’attitude de celui qui a été indubitablement la principale figure de référence du mouvement de réaction aux réformes conciliaires, Mgr Marcel Lefebvre, va nous aider à trouver une réponse.

1 – Un parallèle tiré de l’histoire

 
Pour illustrer son jugement sur la gravité de la crise actuelle dans l’Eglise, Mgr Schneider commence l’article par un parallèle : « avec la crise générale du IVe siècle, quand l’arianisme avait contaminé l’immense majorité de l’épiscopat, en assumant une position dominante dans la vie de l’Eglise ».

Le parallèle s’avère particulièrement heureux si l’on pense également aux différentes positions prises à l’époque par les catholiques face à cette crise : à une minorité restée fidèle à la Tradition de l’Eglise (avec deux évêques à sa tête : saint Athanase et saint Hilaire de Poitiers) s’opposait une minorité de novateurs (les ariens), tout à fait conscients de l’être (et qui pendant plusieurs décennies ont occupé les principales fonctions d’autorité dans l’Eglise). Au milieu se situait la majorité des gens qui penchait, sans en être véritablement consciente, pour l’une ou l’autre partie (semi-ariens), et qui était savamment utilisée par la minorité au pouvoir pour imposer ses idées comme étant majoritaire, car en un tel contexte ne pas se positionner contre l’erreur équivalait, dans une mesure plus ou moins grave, à être complice. Parmi les forces en présence au concile Vatican II (et, avec quelques variations numériques, dans celles d’aujourd’hui), on retrouve exactement le même schéma.

Cependant, à ces trois catégories, s’est très rapidement ajoutée une autre. Au moment où certains ariens ou semi-ariens commencèrent à prendre conscience de leur erreur – quoique sans toute la clarté et la vigueur de ceux qui avaient défendu la saine doctrine jusque-là – et à la condamner, sur le front catholique traditionnel, alors que saint Athanase se montrait indulgent et prêt à les accueillir pour les pousser à une adhésion toujours plus grande à la doctrine traditionnelle, apparut alors une frange minoritaire de chrétiens appelés, du nom de leur chef de file Lucifer de Cagliari, les « lucifériens ». Ceux-ci ne toléraient pas une telle indulgence et soutenaient que tant qu’un arien ou un semi-arien n’était pas entièrement revenu sur ses erreurs et n’avait pas pleinement approuvé l’œuvre de ceux qui avaient résisté jusqu’alors, il ne pouvait pas être compté au nombre des vrais catholiques.

Cette dernière catégorie est également représentée aujourd’hui. En effet, face à cette intervention de Mgr Schneider, certains l’ont accusé de n’être rien d’autre que l’un des « nombreux évêques conservateurs […], qui gardent une position basée sur la reconnaissance positive de Vatican II. Ils méconnaissent le caractère dangereux de ce Concile, qui a été le point d’arrivée d’un processus visant à détruire l’Eglise catholique pour la remplacer par une néo-église plus ou moins protestante et en évidente rupture avec deux mille ans d’histoire et d’enseignement de l’Eglise catholique »[2].

Et, de la même manière que les lucifériens, qui n’admettaient comme possible aucune solution progressive de la crise, les représentants de ce courant de pensée sont d’avis que « la seule solution à la crise qui tenaille l’Eglise, consiste en l’anéantissement de ce néfaste Concile, tout comme la crise arienne du IVe siècle, ici rappelée par Mgr Schneider, fut résolue par l’anéantissement de l’arianisme »[3].

Ce dernier point est une erreur historique : l’arianisme, en effet, n’a été définitivement éradiqué qu’après plusieurs siècles, et la crise ne fut pas surmontée d’un jour à l’autre. Mais l’erreur plus profonde est l’idée même véhiculée par ces mots, à savoir celle de ceux qui, croyant de cette manière s’attaquer à l’erreur diamétralement opposée (le modernisme), ne font que confirmer une fois de plus que les extrêmes, très souvent, se rejoignent. Erreur contre laquelle Mgr Lefebvre a souvent mis en garde : « Notre devoir, disait-il, est de tout faire pour garder le respect de la hiérarchie dans la mesure où ses membres en font encore partie, et de savoir faire la distinction entre l’institution divine à laquelle nous devons être très attachés, et les erreurs que peuvent professer de mauvais bergers. Nous devons faire tout ce qui est possible pour les éclairer et les convertir par nos prières, notre exemple de douceur et de fermeté »[4]. Douceur et fermeté : c’est-à-dire douceur dans la manière dont on présente la vérité, suaviter in modo, et fermeté en lui restant fidèle sans concessions, fortiter in re.

2 – Suaviter in modo

 
Mais venons-en ad rem : dans cet article, Mgr Schneider ne représente-t-il vraiment rien d’autre que les positions des « nombreux évêques conservateurs », ou bien est-il au contraire un exemple de ceux que, dans un récent entretien, Mgr Bernard Fellay a définis comme des « ecclésiastiques qui contestent – pas aussi fort que nous, pas aussi publiquement que nous, mais aussi fortement que nous au niveau de la pensée – qui contestent les nouveautés », et qui constituent « un élément qui est très important dans ce combat »[5] ?

Il est vrai que Mgr Schneider débute par une profession de respect vis-à-vis du Concile : « Vatican II fut une légitime assemblée présidée par les papes et nous devons garder vis-à-vis de ce Concile une attitude respectueuse ».

Mais, si ces mots font de lui un libéral, alors il faudrait dire la même chose de Mgr Lefebvre, qui à plusieurs reprises a déclaré que lorsque Vatican II promulgue un acte, c’est « sans doute […] un acte important de l’Eglise, mais qui justement doit être considéré suivant son rapport à toutes les vérités révélées avant le Concile »[6].

Le point sur lequel Mgr Schneider apparaît plus indulgent vis-à-vis du Concile est celui où il s’efforce de mettre en évidence des éléments positifs : « La contribution originale et précieuse de Vatican II consiste en l’appel universel à la sainteté de tous les membres de l’Eglise (chap. 5 de Lumen gentium), en la doctrine sur le rôle central de la Sainte Vierge dans la vie de l’Eglise (chap. 8 de Lumen gentium), en l’importance des fidèles laïcs pour garder, défendre et promouvoir la foi catholique, et leur devoir d’évangéliser et sanctifier les réalités temporelles selon le sens pérenne de l’Eglise (chap. 4 de Lumen gentium), en le primat de l’adoration de Dieu dans la vie de l’Eglise et dans la célébration de la liturgie (Sacrosantum Concilium, nn. 2, 5-10). Le reste peut être considéré dans une certaine mesure secondaire, temporaire et, dans le futur, probablement oubliable (…) ».

Certes, faire figurer l’importance donnée par le Concile au rôle des fidèles laïcs dans l’évangélisation est peut-être discutable, vu les développements que ce principe a connu dans le post-concile. Mais dire que dans le Concile il y a aussi des propositions exactes, et même affirmer de façon un peu provocatrice qu’un jour (quand les autorités de l’Eglise auront corrigé les erreurs présentes dans ces documents) ce sont justement ces quelques propositions exactes qui resteront comme le seul vrai apport doctrinal de ce Concile, suffit-il pour être libéral ? Dans ce cas, Mgr Lefebvre aussi a été libéral, lui qui en 1965, après la proclamation (dans le cadre du document conciliaire Lumen gentium) de Marie comme « Mère de l’Eglise » (c’est-à-dire précisément l’un de ceux que Mgr Schneider compte parmi les points positifs du Concile), eut à cœur de la définir comme un « extraordinaire événement, que la presse a omis ou dont elle a parlé très succinctement. Jamais on n’en parlera assez, car dans l’histoire de l’Eglise, le concile Vatican II demeurera avant tout celui qui a proclamé Marie, Mère de l’Eglise […]. Rien ne manquait à cet événement pour qu’il soit vraiment inspiré de l’Esprit-Saint »[7].

Il convient de remarquer aussi que, par la suite, Mgr Lefebvre ne s’est jamais rétracté. Certes, à partir de la moitié des années 70 on entendra de plus en plus rarement des déclarations de ce genre de sa part ; mais la raison de ce changement de priorité réside non pas en ce qu’il aurait changé d’avis, mais en ce qu’il fit le constat que, dans la phase d’application des textes conciliaires, ces points positifs étaient passés à la trappe, tandis que les points contraires à la Tradition étaient justement devenus le noyau dur du Concile. En outre, en véritable pasteur des âmes, Mgr Lefebvre avait compris que dans une époque où presque aucun membre de la hiérarchie ne parlait des désastres produits par le Concile, la priorité était précisément d’en parler ; sans oublier que le fait de citer comme arguments d’autorité des passages tirés de documents qui par ailleurs contiennent aussi de graves erreurs, est inopportun, car c’est risquer de reconnaître implicitement une autorité à ces derniers aussi. Mais cela ne signifie pas que Mgr Lefebvre avait pour autant changé son jugement sur les quelques points positifs du Concile.

Par conséquent, si mentionner ces quelques points positifs du Concile n’est pas l’attitude la plus opportune à adopter dans le contexte présent, cela ne veut pas nécessairement dire que les observations de Mgr Schneider sur ces points soient fausses. Une différence énorme existe entre ce qui est conjoncturellement inopportun et ce qui est fondamentalement faux. Et surtout, ce ne sont pas ces quelques appréciations positives sur certains points des textes conciliaires, qui annulent la valeur historique et extraordinairement positive de ses paroles de condamnation contre les erreurs du Concile.

De façon plus générale, on ne peut pas nier que le ton avec lequel l’article a été écrit n’est pas celui d’un « j’accuse », mais au contraire un ton posé et diplomatique. Ce n’est pas, par exemple, le ton du célèbre opuscule « J’accuse le Concile » (1976) de Mgr Lefebvre. Mais le ton des écrits de Mgr Lefebvre antérieurs à 1976 n’était pas non plus identique à celui de « J’accuse le Concile »[8], signe que le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X n’est parvenu que progressivement à des prises de position publiques plus dures, sans que cela fasse de lui dans les années précédentes un craintif ou un libéral. Et même dans les années suivantes, d’ailleurs, on peut toujours constater une différence entre le ton de ses écrits à caractère plus apologétique (comme les nombreux entretiens aux journalistes) ou adressés à un public plus vaste (telle la célèbre « Lettre ouverte aux catholiques perplexes ») ou encore aux membres de la hiérarchie officielle (comme les lettres au Saint-Père), qui était un ton toujours calme et diplomatique, et celui, plus incisif, des sermons ad hoc ou des prises de position face aux scandales contre la foi, comme la réunion interreligieuse d’Assise en 1986. Savoir être, quand les circonstances le demandent, suaviter in modo, n’est pas un signe de faiblesse, mais de force : généralement celui qui a toujours besoin de crier ne sait pas trouver d’autres arguments pour être convaincant. 

4 – Fortiter in re

 
Mais un ton calme et équilibré n’est pas une fin en soi : c’est un moyen pour parvenir plus efficacement à persuader de la véracité de ses arguments et de la vérité à laquelle on doit toujours rester inébranlablement fidèle. Voyons – et continuons à le comparer avec la pensée de Mgr Lefebvre – ce que dit in re Mgr Schneider du Concile : « Vatican II doit être vu et reçu tel qu’il est et tel qu’il a vraiment été : un Concile tout d’abord pastoral. Ce Concile n’a pas eu l’intention de proposer de nouvelles doctrines ou du moins de les proposer sous une forme définitive ».

Jusqu’ici l’identité de pensée est totale. Pour Mgr Lefebvre aussi, en effet, « ce Concile a un caractère particulier […], il a un caractère pastoral et le pape Jean XXIII lui-même a pris soin de dire qu’on ne voulait pas définir de vérité dans ce Concile parce qu’on estimait que, jusqu’à présent, les vérités dont nous avions besoin pour notre foi étaient suffisamment claires, qu’il ne voyait pas pour le moment la nécessité de faire de nouvelles définitions »[9].

Ensuite Mgr Schneider parle de l’attitude qu’il faut avoir vis-à-vis des affirmations du Concile, en distinguant entre trois genres d’affirmations : celles qui sont conformes à l’enseignement traditionnel de l’Eglise, celles qui sont ambiguës, et celles qui sont erronées.

Concernant les premières, il affirme que « dans ses déclarations le Concile a confirmé en bonne partie la doctrine traditionnelle et constante de l’Eglise ».

Pour clarifier les affirmations ambiguës, il propose le critère suivant : « Les déclarations de Vatican II qui sont ambiguës doivent être lues et interprétées selon les affirmations de toute la Tradition et du Magistère constant de l’Eglise ».

Là où les affirmations du Concile ne sont pas conciliables avec la doctrine antérieure, mais sont véritablement erronées, « les affirmations du Magistère constant (les conciles précédents et les documents des papes, dont le contenu manifeste une tradition sûre et répétée dans les siècles, toujours dans le même sens) prévalent sur les déclarations […] qu’il est difficile de concilier avec des affirmations spécifiques du Magistère constant et antérieur (par exemple, le devoir de vénérer publiquement le Christ, Roi de toutes les sociétés humaines ; le vrai sens de la collégialité épiscopale par rapport à la primauté du pape et au gouvernement universel de l’Eglise ; la nocivité de toutes les religions non catholiques et leur caractère dangereux pour le salut éternel des âmes ».

Outre les exemples donnés par Mgr Schneider, qui sont précisément les points qui font depuis toujours l’objet des critiques de la Fraternité Saint-Pie X (liberté religieuse, collégialité épiscopale, œcuménisme), c’est l’approche elle-même utilisée ici par lui qui rappelle de très près celle que Mgr Lefebvre a faite sienne et si souvent répétée : « Pour moi – pour nous, je pense – dire qu’on voit, qu’on juge les documents du Concile à la lumière de la Tradition, cela veut dire évidemment qu’on rejette ceux qui sont contraires à la Tradition, qu’on interprète selon la Tradition ceux qui sont ambigus et qu’on accepte ceux qui sont conformes à la Tradition »[10].

L’expression « herméneutique de la continuité » n’avait alors pas encore été forgée, mais dans la substance cette autre manière d’« interpréter le Concile à la lumière de la Tradition » avait déjà été proposée à Mgr Lefebvre : « Dans la pensée du Saint-Père et du cardinal Ratzinger, si j’ai bien compris, il faudrait arriver à intégrer les décrets du Concile dans la Tradition, s’arranger pour les y faire rentrer, à tout prix. C’est une entreprise impossible »[11].

Mgr Schneider prend aussi ses distances avec ce genre d’interprétation : « Une application aveugle du principe de l’herméneutique de la continuité n’aide pas non plus, parce qu’on crée des interprétations forcées, qui ne sont pas convaincantes et ne sont pas utiles pour parvenir à une plus claire compréhension des immuables vérités de la foi catholique et de leur application concrète ».

D’après Mgr Lefebvre, en effet, le problème de fond des hommes d’Eglise qui ont fait et ensuite appliqué le Concile, est qu’« ils [l’] ont voulu pastoral en raison de leur horreur instinctive pour le dogme, et pour faciliter l’introduction officielle dans un texte d’Eglise des idées libérales. Mais l’opération terminée, ils dogmatisent le Concile, le comparent à celui de Nicée, le prétendent semblable aux autres, sinon supérieur »[12].

Mgr Schneider s’exprime dans le même sens : « Le problème de la crise actuelle de l’Eglise consiste en partie en ce que certaines affirmations du concile Vatican II objectivement ambiguës ou les quelques affirmations qu’il est difficile de concilier avec la Tradition constante du Magistère de l’Eglise, ont été “infaillibilisées”. De cette manière on a bloqué un sain débat, assorti d’une nécessaire correction implicite ou tacite […]. Nous devons nous libérer des chaînes de l’absolutisation et de la totale “infaillibilisation” de Vatican II ». 

 

4 – Mitis et humilis corde

Alors tout est-il parfait ? Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit simplement de ne pas briser le roseau froissé et de ne pas éteindre la mèche qui fume encore[13]. En somme, pour répondre à notre question initiale : même si sa position n’est pas parfaite (mais que celui qui est parfait, jette la première pierre), Mgr Schneider est sans l’ombre d’un doute – et d’autant plus après ce dernier article qui revêt une importance capitale, car il y condamne explicitement les principales erreurs du Concile, et il met en relief leur relation avec la crise actuelle –, un de ces ecclésiastiques dont parlait Mgr Fellay « qui contestent – pas aussi fort que nous, pas aussi publiquement que nous, mais aussi fortement que nous au niveau de la pensée – qui contestent les nouveautés », et qui constituent « un élément très important dans ce combat ». Et force est de constater que sa contestation devient aussi de plus en plus publique.

L’attitude que nous, catholiques fidèles à la Tradition – y compris ceux de la première heure, qui ont eu (à leur grand mérite) dès le début et sans hésitation la force de s’opposer avec clarté aux erreurs actuelles –, nous devons avoir vis-à-vis de ces personnes qui reviennent progressivement, mais avec de plus en plus de clarté, à la fidélité à la Tradition (et d’autant plus lorsqu’il s’agit de successeurs des apôtres), ne doit pas être l’attitude des lucifériens du IVe siècle, mais celle qui a été rappelée avec une extrême netteté par Mgr Alfonso de Galarreta lors de son sermon à Ecône, pour les ordinations sacerdotales du 29 juin 2017 :

« Il y a quand même un bien qui n’existait pas, mais qui commence à venir. Il y a une réaction, qui est bonne, de laïcs de valeur, de prêtres, d’évêques, de cardinaux… Assurément, il s’agit d’une minorité et quelquefois de réactions un peu timides, ou à mi-chemin. Mais toujours est-il qu’il s’agit de réactions bien réelles et saines, et dans le sens de la foi, de la Tradition, de la restauration de la foi, de la défense de l’Eglise, du sacerdoce de Notre Seigneur. Eh bien, de cela, qui est un signe de l’assistance de Notre Seigneur sur son Eglise, nous ne pouvons que nous réjouir ; cela nous ne pouvons que l’encourager. La Fraternité a pour but la sanctification, non pas seulement de ses membres, mais la sanctification des prêtres en général. Et il y a là un immense champ d’apostolat. Eh bien, nous devons profiter – bien entendu avec prudence, cela va de soi – de ces ouvertures apostoliques. Et cela doit aussi nous encourager »[14].

Ainsi nous serons réellement fidèles au vénéré fondateur de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Lefebvre, qui a toujours été suaviter in modo et fortiter in re. Nous serons fidèles aussi au saint patron de nos séminaires, saint Thomas d’Aquin : le sain thomisme a toujours su prendre le bien de quelque côté qu’il vienne (pour bâtir sa philosophie l’Aquinate n’hésita pas à recourir – au grand scandale des doctes de l’époque – au païen Aristote). Mais surtout, nous serons fidèles à Notre-Seigneur Jésus-Christ, lequel, « doux et humble de cœur »[15], dans la conversation avec le scribe qui, bien qu’ayant encore beaucoup de chemin à faire, montrait qu’il avait déjà saisi l’essentiel et avait le cœur ouvert à la Vérité[16], ne lui a pas dit : « Voilà, tu es l’un des nombreux scribes conservateurs qui ne savent que citer par cœur les préceptes de la loi », mais avec un tout autre souffle de charité : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu ».
 
Abbé Angelo Citati (FSSPX)

 

[1] Publié en italien, le 26/07/2017, par Corrispondenza Romana, l’agence d’information du professeur Roberto de Mattei.

[2] Ainsi s’exprime un site italien.

[3] Ibid.

[4] Mgr M. Lefebvre, Le coup de maître de Satan. Ecône face à la persécution, Editions Saint-Gabriel, Martigny 1977, p. 47.

[5] Cf. La FSSPX aura-t-elle la liberté réelle de « faire l’expérience de la Tradition » ?

[6] Mgr M. Lefebvre, Conférence spirituelle donnée à Ecône le 28 juin 1975, dans Vatican II. L’autorité d’un concile en question, Institut Universitaire Saint-Pie X, Paris 2006, p.15.

[7] Mgr M. Lefebvre, Marie, Mère de l’Eglise, dans Lettres pastorales et écrits, Editions Fideliter, Escurolles 1989, pp. 212-213. Dans ce texte fort intéressant Mgr Lefebvre tient exactement la même thèse que Mgr Schneider, à savoir que les quelques points positifs des textes conciliaires pourront être le point de départ de la condamnation des erreurs contenues dans ces mêmes textes. Cela montre une fois de plus l’équilibre de l’archevêque missionnaire, qui, tant qu’il n’a pas eu par les faits la preuve du contraire, a voulu espérer que le pape appliquerait les documents du Concile dans le sens de la Tradition.

[8] Cf. par exemple Mgr M. Lefebvre, Lettres pastorales et écrits, op. cit., qui recueille entre autres les textes qu’il publia pendant le Concile et jusqu’en 1968 ; et Un évêque parle, Dominique Martin Morin, Paris 1974, qui va jusqu’en 1974.

[9] Mgr M. Lefebvre, Conférence spirituelle donnée à Ecône le 28 juin 1975, dans Vatican II. L’autorité d’un concile en question, op. cit., p. 15.

[10] Conférence donnée à Ecône le 10 janvier 1983.

[11] Ibid.

[12] Mgr M. Lefebvre, J’accuse le Concile, Editions Saint-Gabriel, Martigny 1976, p. 9.

[13] Cf. Mt 12,20.

[14]  Sermon audio disponible ici; transcription dans Nouvelles de Chrétientén°166 (juillet-août 2017), pp. 7-11.

[15] Cf. Mt 11,29.

[16] Cf. Mc 12,28-34.