D’où vient la pédagogie du président Hollande

(www.present.fr) En matière d’éducation démocratique, on connaissait plus ou moins Rousseau et son Emile, on avait oublié Erasme.

Jean de Viguerie est venu à ce sujet mettre de l’ordre dans nos esprits par un ouvrage magistral, paru en octobre dernier et dont j’ai déjà indiqué l’existence. Il est intitulé Les pédagogues, et son actualité vient du fait que le président Hollande s’est affirmé disciple de ces pédagogues-là, par l’intermédiaire pourtant si suspect de Jules Ferry.

puce_carreLe livre a pour sous-titre : « Essai historique sur l’utopie pédagogique » (Editions du Cerf). Les « pédagogues » dont il est question ne sont pas des gens qui enseignent ou qui éduquent, ce sont ceux qui, sans avoir eux-mêmes, pour la plupart, enseigné ou éduqué qui que ce soit, imaginent arbitrairement et prétendent apprendre aux enseignants et aux parents ce qu’ils doivent faire. C’est un courant idéologique qui va du XVIe au XXIe siècle. Viguerie a étudié la pensée de quatorze d’entre eux, d’Erasme (1467-1536) à Philippe Meirieu (né en 1949). Leurs imaginations gratuites vont en tous sens, mais ils ont des convergences et des traits communs, qui finalement coïncident avec le programme explicite du parti socialiste ; ou plutôt, qui l’ont inspiré.

puce_carreErasme est le premier, il invente « une conception tout à fait nouvelle et surprenante de la petite enfance et de son instruction » : l’enfant n’est rien, à sa naissance, qu’« une masse de chair non dégrossie », c’est l’instruction qui le fabrique, au gré de l’instructeur. L’enfant est comme une cire et l’éducateur en fait ce qu’il veut, en lui mentant sur ce qu’il lui fait : « Cet âge doit être trompé ». Ces divagations n’eurent sur le moment aucune conséquence directe sur l’enseignement et l’éducation, mais elles ont eu une influence permanente et décisive sur toute la suite de penseurs « pédagogues ». Locke (1632-1704) développa cette idée de la ruse pour faire croire aux enfants qu’ils choisissent librement ce qu’en réalité on leur impose par manipulation. On sait quel usage illimité Jean-Jacques Rousseau en fera dans son abominable Emile ou de l’éducation. D’ailleurs ce principe de tromperie vaudra aussi pour les adultes et la démocratie moderne, c’est-à-dire pour imposer aux « citoyens » le mythe du « contrat social » (ou « pacte républicain ») et de la « volonté générale ».

puce_carreUn autre trait commun aux divers bavardages idéologiques des quatorze pédagogues étudiés par Viguerie est d’avoir pour but essentiel, dans l’instruction et l’éducation des enfants, non pas de développer leur mémoire, leur intelligence, leurs connaissances et leurs vertus, mais de transformer la société de manière à la rendre radicalement égalitaire. Ils ont bien compris que pour cela il faut commencer par séparer les enfants de leurs parents dès le plus jeune âge ; et aussi les tenir à l’écart de toute religion. C’est pourquoi à peu près tout ce qu’ils écrivent choque si violemment le sens commun, – du moins dans la mesure où celui-ci n’a pas encore été sidéré, submergé, perverti par le massacre intellectuel qu’opèrent internet et la télévision.

puce_carreBien entendu je ne prétends pas résumer l’ouvrage de Viguerie qui est vivement éclairant dans beaucoup de directions historiques et philosophiques, j’ai voulu seulement avertir de son utilité collatérale : ce n’est point, il nous le fait comprendre, par exagérations rhétoriques que les socialo-communistes ont annoncé leur intention de confisquer les enfants à partir de deux ans avec la volonté explicite de protéger leur conscience de toute influence religieuse. C’est un dessein acharné, il vient de loin et il est diabolique.

JEAN MADIRAN

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