Benoît XVI dénonce la culture du mal

(www.Present.fr) Benoît XVI a donné une véritable catéchèse sur le baptême lundi lors d’un colloque sur ce sacrement qui s’est tenu en la basilique Saint-Jean-de-Latran, sa cathédrale. Discours émouvant : le Pape, se référant de temps en temps à quelques feuilles de notes, a improvisé pendant une trentaine de minutes de manière très personnelle et profonde sur le sacrement qui nous « immerge » en Dieu et constitue ainsi la « première étape de la résurrection ». (J’en publierai ma traduction sur mon blog.)

Sa réflexion improvisée mais non impromptue témoigne à la fois de sa volonté de faire mieux comprendre la doctrine du Christ, de faire partager sa vie, et du contexte aujourd’hui douloureux des attaques contre le Saint-Siège, les finances du Vatican, l’indépendance de ses œuvres. Si l’on ne parvient pas à éclabousser personnellement le Saint-Père, c’est tout de même l’institution de l’Eglise qui est sous le feu des colporteurs de scandales. Même s’il semble ne rien se révéler de sensationnel, l’affaire « Vatileaks », ces documents « fuités » depuis le bureau même du Pape et l’arrestation de son majordome comme suspect n° 1, ébranle nécessairement Benoît XVI et sa confiance en son entourage. Ce sont les « loups », mais qui sont-ils ?

En s’exprimant de manière libre devant plusieurs milliers de prélats, de prêtres, de religieux et de fidèles, Benoît XVI a en somme désigné l’ennemi en méditant sur le rite du baptême qui depuis les premiers temps de l’Eglise demande au catéchumène de renoncer aux « pompes de Satan », aux pompes du diable :

« Avez-vous déjà pensé à ce que cela signifie ? Les pompes du diable étaient surtout les grands spectacles sanglants où la cruauté devenait un divertissement, où le fait de tuer des hommes devenait un objet de spectacle, le spectacle de la vie et de la mort d’un homme. (…) Au-delà de cette signification immédiate des paroles “pompes du diable” on parle d’un type de culture, d’un mode de vie où compte non la vérité mais l’apparence, où l’on ne cherche pas la vérité, mais l’effet produit, la sensation ; sous prétexte de montrer la vérité, en réalité on détruit des hommes, on veut en réalité détruire et seulement se créer soi-même comme vainqueur. Il s’agit de renoncer à ce type de culture, qui est une anti-culture s’érigeant contre le Christ et contre Dieu. Renoncer à une culture qui dans l’évangile de saint Jean est appelée “ce monde”… A propos de ce monde, Jean et le Christ ne parlent pas de la création de l’homme par Dieu mais de la créature qui est dominante et s’impose comme si elle était le monde, et du mode de vie qu’elle impose. »

Benoît XVI poursuit :

« Je voudrais réfléchir avec vous sur cette pompe du diable, sur cette culture à laquelle nous devons dire non. Etre baptisé, c’est essentiellement s’émanciper, se libérer de cette culture. Aujourd’hui nous connaissons un type de culture où la vérité ne compte pas, même si en apparence on veut faire apparaître toute la vérité. Seule compte la sensation, l’esprit de calomnie et de destruction, c’est une culture qui ne recherche pas le bien, dont le moralisme est un masque pour semer la confusion et la destruction ; cette culture du mensonge se présente avec les habits de la vérité et de l’information ; à cette culture qui recherche seulement le bien-être matériel et nie Dieu, nous disons non. Nous connaissons bien grâce aux Psaumes ce contraste entre la culture où l’on peut sembler intouchable par rapport à tous les maux du monde si l’on met Dieu par-dessus tout, et une culture du mal, de la domination du mal. Ainsi la décision du baptême, cette partie du chemin catéchuménal qui dure toute la vie, est précisément ce non prononcé et réalisé de nouveau tous les jours de notre vie, y compris à travers les sacrifices que coûte le fait de s’opposer à la culture du mal qui en beaucoup de lieux domine. Elle s’impose comme si elle était le monde : ce n’est pas vrai, ce n’est pas elle qui décide de ce qu’est la vérité. »

C’est à la fois un cri de confiance en Dieu, une dénonciation claire et puissante de « ce monde » qui refuse Dieu en s’attaquant à son Eglise, et un appel à changer de manière de voir, de rompre avec une certaine recherche de l’information, qui ne recherche pas la vérité pour le bien mais qui prétend la rendre publique pour détruire.

Difficile de ne pas faire le lien avec l’éviction très médiatisée du directeur de la banque vaticane, Institut des Œuvres de Religion (IOR), Ettore Gotti Tedeschi, le 24 mai : cet ami personnel de Benoît XVI chargé de rendre les affaires de la banque transparente est aujourd’hui dans l’œil d’un cyclone qui semble avoir été déclenché par ceux qui s’opposent à cette transparence, autour du cardinal Bertone, secrétaire d’Etat.

Une intéressante analyse de l’affaire est donnée aujourd’hui par le vaticaniste Sandro Magister sur son blog, il y rappelle que les documents personnels de Gotti Tedeschi – qu’un psychiatre a voulu faire passer pour « gravement atteint » – ont été saisis lors de perquisition à son bureau à Milan et son domicile de Piacenza.

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