On ne lâche rien

les Manifs pour tous(Present.fr) Dans une quinzaine de villes françaises, les Manifs pour tous ont rassemblé ce week-end 120 000 manifestants au total. Une répétition générale avant la grande démonstration du 26 mai.

Samedi, Strasbourg et Châlons-en-Champagne, dimanche Paris, Rennes, Lyon, Lille, Toulouse, Montpellier, Dijon, etc. : avec bonne humeur et détermination, les opposants au « mariage » gay se sont rassemblés et ont défilé pour affirmer une nouvelle fois que François, ta loi, on n’en veut pas. Elle a été votée ? Ça n’en fait pas une loi juste. On ne lâche rien.

Aux slogans désormais classiques s’ajoutent des créations. A Lyon revient la palme de l’innovation avec un « Taubira, serre les fesses, on arrive à toute vitesse », « Taubira fais ton sac, prends modèle sur Cahuzac » ; à l’adresse de Hollande : « Casse-toi pôv’ flan » ; et le plus général « Adam et Eve, pas Adam et Yves ». Dans le défilé lyonnais, le cardinal Barbarin et monseigneur Le Gall, Hervé Mariton. La fausse note est venue de… Frigide Barjot elle-même, montée à la tribune avec un drapeau associant le logo familial de la Manif et le fond arc-en-ciel qui sert de blason à la communauté gay. Un mélange des genres malheureux, maladroit : Frigide s’empêtre dans les contradictions, vante l’union civile. La foule la hue et elle, vexée, elle quitte la tribune. Hervé Mariton la ramènera un peu plus tard, rebelote elle remet ça, nouveaux sifflets.

Christine Boutin était à Rennes, Xavier Bongibault était à Montpellier, où doit être célébré le premier « mariage » gay de France ; à Strasbourg, où un mariage homosexuel est déjà programmé pour juillet, un millier de personnes a défilé dans le centre-ville, avec cette précision idiote : « Nous rejetons toutes formes de violences et l’homophobie. » Ou cela, de Georges Villiers, l’un des organisateurs : « Ce qui nous préoccupe le plus, ce n’est pas le mariage homo (sic), c’est la PMA et la GPA. » Le conseiller général UMP Jean-Philippe Maurer a heureusement rappelé que « le gouvernement défait les fondamentaux de la cellule familiale ».

A Paris, l’avenue de Breteuil a fait, si l’on peut dire, salle comble. Comptabilisation de la police : 9 000 personnes. L’avenue de Breteuil a rétréci, comme dans un roman de Boris Vian ? Comptes et mécomptes gouvernementaux, rien de plus.

Tentaculaire Manif pour tous

Les opérations d’ « accueil » continuent. A Soustons dans les Landes, où se déroulait ce week-end la réunion du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS), de 200 à 400 opposants au « mariage » ont défilé. Ils ont été maintenus à distance du centre nautique qui accueillait les partisans du capitaine de pédalo puis ont mangé leur pique-nique sur place et paisiblement. « On considère que rien n’est joué, on attend le verdict du Conseil constitutionnel », a expliqué Olivier Drapé, membre de la Manif pour tous. Si jamais le verdict ne met pas la loi à mal ? La mobilisation continuera, « jusqu’à la fin du quinquennat s’il le faut ».

Jean-Marc Ayrault avait annulé sa venue au MJS, son agenda étant trop chargé : il devait s’exprimer au journal télévisé le dimanche soir. Qu’à cela ne tienne, il a eu son comité d’accueil. Des manifestants ont quitté le rassemblement parisien de l’avenue de Breteuil pour rejoindre TF1, puis, après dispersion par la police, ont bloqué le périphérique parisien. Evidemment, le Premier ministre a parlé de tout au journal télévisé… sauf de l’opposition au « mariage » gay. Leur surdité est totale. Leur aveuglement aussi.

Portée et inspirée par le succès, la Manif pour tous se lance dans des opérations incisives qui font grincer les molaires usées du politiquement correct. Préalablement aux manifestations de ce week-end, elle avait pastiché des affiches du PCF et du Front de Gauche. « Sécuriser l’emploi c’est maintenant » était devenu « Sécuriser les enfants c’est maintenant ». Réaction indignée des communistes : « Après l’homophobie, le plagiat. » Réplique de Frigide Barjot : « C’est un pastiche. Que M. Mélenchon ait un peu d’humour. Allez, on rigole ensemble, Jean-Luc. » Une campagne de l’Unicef a également été détournée : le slogan « Every child needs a family » (chaque enfant a besoin d’une famille) a été récupéré : « Comme l’Unicef, la Manif pour tous protège l’intérêt supérieur de l’enfant. Un papa ET une maman pour chaque enfant. » Là encore, réaction indignée : « L’Unicef n’a pas vocation a prendre position sur ce débat sociétal. »

Autre initiative, osée : un petit groupe a défilé dans le cortège de Mélenchon en portant cette bannière : « La femme n’est pas une usine à bébés. » Comme l’écrit le Salon beige : « Bravo à ces jeunes femmes qui ont été faire de l’entrisme chez les spécialistes de l’entrisme… »

Outre la sérénité souriante qui caractérise les rassemblements de la Manif pour tous, l’aspect transgénérationnel frappe les journalistes. « Transgénérationnel », le mot est laid, tout simplement les grands-parents, les parents, les enfants… mais ces mots agacent les gencives médiatiques ! Cela ne change rien à ce qu’est la Manif pour tous, une affaire de familles. Des grands-parents et des parents qui avaient manifesté pour l’école libre, contre le pacs ; des enfants qui y prennent goût et qui s’approprient la rue et ne la lâcheront pas facilement. La gauche s’étrangle : elle n’a plus l’exclusivité des défilés répétés et massifs, elle n’en a plus, non plus, les moyens humains. 17 novembre, 13 janvier, 24 mars, 5 mai, et dans moins de trois semaines le 26 mai : le calendrier fera-t-il rendre gorge au gouvernement et à sa loi contre-nature ?

MARTIN SCHWA

Donazione Corrispondenza romana