Des pilules du lendemain sans effet abortif ? Les évêques d’Espagne n’en connaissent pas… Et Gänswein rectifie

Emergency_contraceptive-255x165(leblogdejeannesmits) Le porte-parole et secrétaire général de la Conférence épiscopale d’Espagne, Mgr José Antonio Martinez Camino, a assuré au cours d’une conférence de presse que s’il est « légitime » d’empêcher la fécondation à la suite d’un viol, « en aucun cas l’avortement » ne l’est. Il réagissait à l’annonce par la Conférence des évêques d’Allemagne que les hôpitaux catholiques dans ce pays sont autorisés à prescrire la pilule du lendemain aux victimes de viol si la pilule prescrite n’a pas d’effet abortif.

Sans affronter bille en tête ses confrères d’outre-Rhin le prélat espagnol a déclaré que les évêques espagnols ne sont pas au courant de l’existence d’une telle molécule : « S’il y avait une pilule qui ne fût pas abortive, nous serions dans un cas différent, mais nous n’avons pas connaissance qu’il en soit ainsi, qu’il existe une pilule du lendemain qui n’ait pas d’effet abortif. »

A propos du viol, il a bien précisé : « Comme un viol n’est pas un acte conjugal, mais un acte d’injustice et de violence, la défense face à une telle agression est légitime et il est légitime de tenter d’empêcher la fécondation, mais non d’avorter, car il n’est en aucun cas légitime d’ôter la vie à un être humain innocent. »

Puisque « à ce jour » toutes les pilules du lendemain « existantes ont cet effet , alors « ce n’est pas possible » d’y avoir recours.

Il a précisé que l’Eglise d’Allemagne « n’a pas créé d’exception » à ce principe moral de ne pas porter atteinte à la vie d’un être humain innocent : « Elle n’a pas dit (cela). On ne peut ôter la vie à un être humain innocent d’aucune façon. Ce serait saper l’édifice de l’éthique », a répété Mgr Martinez Camino, rappelant que la vie commence à la conception : « A ce moment la science est très capable de distinguer le moment où existe un corps humain, un génome distinct du père et de la mère. »

L’avortement, a-t-il poursuivi, peut se commettre « avec un bistouri ou avec un produit chimique, on peut ôter la vie d’un être humain avec une arme blanche ou avec un produit chimique létal » et « jusqu’à maintenant », a-t-i insisté, toutes les pilules connues sous le nom de pilule du lendemain « consistent en un composé hormonal qui peut empêcher la nidation de l’ovule fécondé, si fécondation il y a eu », et cela constitue un « avortement précoce ».

En Allemagne, le communiqué des évêques, juste sur le plan moral, a répandu dans la pratique l’idée que la pilule du lendemain est licite en cas de viol, d’autant qu’il laisse aux femmes le choix en dernière analyse. Le journal de Cologne Kölner Stadt-Anzeiger assure même que le cardinal Meisner, qui avait le premier fait de telles déclarations après que deux hôpitaux catholiques eussent refusé de donner la pilule du lendemain à la suite d’un viol, a déclaré à l’occasion d’une interview que le pape lui-même l’avait approuvé. Le quotidien, rapporte LifeSite, affirme que Meisner a évoqué une conversation avec  le secrétaire de Benoît XVI, Mgr Georg Gänswein, sur l’éthique de l’utilisation de la pilule en cas de viol : « Le pape sait, tout est en ordre », aurait répondu celui-ci.

Trouvant cela bizarre, le Pr Manfred Spieker de l’université d’Osnabrück, figure éminente du mouvement pro-vie, a interrogé par courriel Mgr Gänswein à propos de cet échange. L’archevêque a répondu par courriel qu’il « n’est pas vrai » que le cardinal Meisner l’ait appelé ou parlé de l’affaire de la pilule du lendemain.

Aux Etats-Unis, la Conférence épiscopale considère toujours la pilule du lendemain comme éventuellement abortive et l’a répété alors que la déclaration allemande suscitait des indications contraires de la part des médias. Citée par The National Catholic Register, Marie Hilliard, spécialiste en bioéthique qui travaille au National Catholic Bioethics Center, chargé de conseiller les évêques sur ces questions de santé, a souligné que l’Eglise n’autorise la prescription de la pilule du lendemain en cas de viol que dans le cas où un test urinaire permet de vérifier que l’ovulation n’a pas commencé.

Cela suppose tout de même que la pilule du lendemain est 100 % efficace pour empêcher ou retarder l’ovulation assez longtemps pour que le rapport ne puisse plus être fécondant (il peut l’être jusqu’à 5 jours avant l’ovulation ; une fois l’ovule détaché celui-ci meurt au bout de 24 heures).

Ce qui paraît curieux, vu que la pilule classique elle aussi est censée empêcher l’ovulation, mais que précisément l’un de ses effets est anti-nidatoire pour le cas où l’ovulation aurait lieu quand même.

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