Briser le mur de l’idéologie

manif-pour-tous(present.fr) L’heure du bilan a sonné. Pour la préfecture de police, il n’y a pas de doute. Nous n’étions pas plus de 300 000. Sur la seule artère qui relie l’Arc de Triomphe au Pont de Neuilly – l’une des trois avenues occupées par la Manif pour tous, sans compter les milliers de personnes qui ont descendu les Champs-Elysées – Le Monde avait compté près de 2 millions de personnes lors du concert géant de Jean-Michel Jarre au début des années 1990. Chiffre optimiste ? Sans doute, d’autant que les spectateurs étaient assis, et pas serrés à 4 ou 5 par mètre carré, comme dimanche sur de nombreux secteurs du parcours. 

Correction : ce n’est pas l’heure du bilan, c’est celle du mépris. Et cela fait un moment que ça dure. Un mépris qui n’en finit pas de s’étaler devant des familles, des braves gens, des gens braves, venus sans battes de baseball, sans pavés, mais avec des convictions assez fortes pour oser braver quelques interdits parce que c’est maintenant qu’il faut stopper la folie du nihilisme anti-humain.

Le saviez-vous ? Dans le territoire du Yukon, à l’ouest du Canada, l’évêque catholique Gary Gordon est depuis quelques semaines dans un bras de fer avec le ministre de l’Education, qui entend interdire aux écoles confessionnelles recevant des subventions publiques de donner l’enseignement de l’Eglise sur le comportement homosexuel et le caractère « intrinsèquement désordonné » de cette tendance. Un enseignement qui n’est pas confessionnel : il entend dire ce que la loi naturelle dicte à l’homme, pour son bien et son bonheur. Mieux qu’un long discours, cet exemple montre où sont les enjeux : ceux de notre liberté future d’être humains, et de croyants.

Heure du bilan, aussi, pour les violences policières qui ont émaillé la tentative de « prendre » les Champs-Elysées – ou pour un grand nombre de manifestants, l’effet d’un trop-plein dans les avenues où ils étaient cantonnés et même maintenus à distance du parcours principal, avenue de la Grande-Armée.

Manuel Valls a de nouveau salué le « sang-froid » des forces de l’ordre, faisant état d’attaques aux boulons (j’en cherche en vain les vidéos) par des « groupes extrémistes ». Les nombreux témoignages de manifestants font état de la présence de quelques dizaines de militants du GUD ou d’autres groupes un peu plus virulents que les jeunes, vieux, femmes, enfants, pères de famille, religieux qui sont allés aux Champs. Une paille. Et si d’aucuns ont cherché à en découdre, le visionnage des vidéos montre aussi que les foules se sont précisément très peu énervées alors que les forces de l’ordre les aspergeaient de lacrymogènes ou les chargeaient comme ça soudain, sans raison apparente.

Des questions se posent aussi après les multiples témoignages faisant état de la facilité avec laquelle il était possible aux manifestants de rejoindre les Champs-Elysées, soit en forçant – un peu – des barrages sans aucun rapport avec la densité de la foule (la ligne de CRS séparant la Manif pour tous de celle de Civitas le 13 janvier dernier était autrement plus serrée) soit en prenant des chemins latéraux que des policiers étaient allés jusqu’à leur indiquer complaisamment, selon un manifestant. Volonté délibérée de provoquer des incidents une fois les plus déterminés attirés dans la nasse ? Il n’est pas interdit de le penser. Ce sont les manifestants qui ont gardé leur sang-froid !

Hallucinant : une ligne de CRS perdue entre deux groupes de plusieurs manifestants n’a pas été prise à partie. Ils ne craignaient rien. Vous imaginez la même scène un soir de descente de la banlieue pour une manif lycéenne ?

Une seule personne – une seule ! – a été mise en examen, sur les quelques dizaines interpellées, pour « violences sans incapacité temporaire totale (ITT) sur personne dépositaire de l’autorité publique » et rébellion.

Rébellion contre quoi ? Au-delà des forces de l’ordre, c’est bien un projet de déconstruction nihiliste de la société qui est visé. Henri Hude a publié à ce sujet un excellent article sur son blog, dont les premières lignes vous mettront l’eau à la bouche :

« Nous n’assistons plus au déroulement d’un jeu politique ordinaire. Le Peuple n’est pas même en face d’un coup d’Etat permanent. Il fait face à une entreprise d’usurpation visant à lui imposer une autre constitution – plus encore, une autre constitution anthropologique. Nous sommes en face d’un pouvoir législatif qui usurpe le pouvoir constituant et qui l’usurpe absolument. Nous sommes en face d’un pouvoir constituant mégalomane et illégitime, qui prétend changer la nature humaine, la manipuler à sa guise, se saisir des esprits, embrigader la jeunesse et réprimer toute dissidence. Nous sommes bien en présence d’une entreprise totalitaire. L’heure est donc à la Résistance, jusqu’à la Libération, et à la Renaissance. »

Aujourd’hui, la droite parlementaire dénonce les violences avec Claude Guéant, le Conseil de Paris a pris à partie le préfet de police, Bernard Boucault, et les familles comptent leurs « gazés ». Des adolescents qui ont reçu des gaz dans les yeux à bout portant : c’est le cas du fils d’un journaliste de Famille chrétienne, dont l’œil est en mauvais état, et d’un fils d’un de nos journalistes de Présent. Le Salon beige – qui fait un travail extraordinaire de centralisation de l’information – rapporte témoignage sur témoignage.

Du côté des organisateurs visibles de la Manif pour tous, c’est toujours le silence sur les brutalités policières, un silence que Cécile Edel, organisatrice depuis huit ans de la Marche pour la Vie, a dénoncé avec raison et avec cœur dans une lettre ouverte. Elle a donné à la Manif pour tous les moyens d’exister en lui fournissant tout son appareil logistique de départ. Aujourd’hui elle dénonce ceux qui ne font rien, ne disent rien, après les accusations de Frigide Barjot traitant mensongèrement les gazés d’extrémistes, de fachos et de voleurs. « Depuis quand la Manif pour tous ne défend plus le droit des enfants, de ses propres enfants ? »

Cette aide qui ne leur est pas donnée, c’est l’AGRIF qui la leur propose (voir le communiqué publié page 3, qui donne aux victimes la marche à suivre).

Nous reviendrons évidemment tout au long de la semaine sur cet événement historique.

JEANNE SMITS

Donazione Corrispondenza romana